Les émissions "Chronique sacerdotale" sont initiées dans le cadre de l’Année Sacerdotale par la Radio Immaculée Conception d’Allada, radio catholique du Bénin (Afrique). Les émissions sont assurées par le Père Frédéric Serge KOGUE, tous les jours du lundi au vendredi à 11H45 et le samedi à 14H00. La radio en diffuse trois thèmes par semaine (un thème les lundis et mardis, un autre les mercredis et jeudis, un troisième les vendredis et samedis).
Il faut à la fois se méfier et se réjouir d’une certaine inflation du mot vocation. Ce vocable fait partie d’une liste chaque jour un peu plus fournie des mots chrétiens séculiers parce que sécularisés : tel métier est un sacerdoce, tel rassemblement politique est une grand’messe, telle séance de travail est un séminaire, tel leader politico-social est un Pape. Tout ceci dénote même à notre insu de notre volonté de désacraliser le sacré pour le confondre au profane ! On dira facilement aujourd’hui qu’on est devenu artiste, pompier, astronaute ou journaliste par vocation. Certes on pourrait dire en un certain sens que « Tout est vocation » un peu comme le jeune Docteur Thérèse de Lisieux disait que « tout est grâce ». Tout homme porte en effet une vocation en ce sens au moins qu’il est appelé à la sainteté et au partage de la gloire divine surtout que, de la part de Dieu, il existe pour chaque homme tout un projet divin.
La distinction fondamentale entre les vocations tous azimuts et la vocation sacerdotale réside essentiellement dans le fait que dans l’ordre des vocations, l’on décide de faire quelque chose, de devenir professionnel en une sphère d’activité donnée ; pour ce qui touche à la vocation sacerdotale, elle ne consiste pas à être séduit par l’idée de faire quelque chose, mais elle consiste à être séduit par Dieu. Le Cardinal Lustiger mettait en garde contre un usage galvaudé du mot vocation en ces termes : « si les chrétiens ne perçoivent pas que leur vocation est de servir le Christ, alors le sacerdoce des prêtres sera vu non comme une vocation, mais comme une profession, un métier, un savoir-faire. La vocation signifie autre chose […]. Cela n’a rien à voir avec la vocation de faire du violon ou de s’engager dans l’action humanitaire. La vocation sacerdotale n’a rien de commun avec l’ambition de devenir athlète de haut niveau. Elle ne consiste pas à être séduit par l’idée de ‘’faire le prêtre’’ mais à être ‘’séduit par Dieu’’, comme le dit le prophète Jérémie (20,7) pour faire ce que Dieu veut. » La vocation articule toujours trois dimensions majeures :
La dimension théologale où c’est Dieu qui appelle.
La dimension humaine avec la vocation qui s’exprime dans un projet humain.
La dimension ecclésiale : c’est l’Eglise qui discerne les signes de l’appel de Dieu et qui, in fine, appelle.
C’est Dieu qui appelle. Personne ne doute que la vocation est fondamentalement un appel de Dieu. Toute l’histoire du salut en est témoin avec Moïse, Gédéon, Samuel, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel appelés par Yahvé. Dans le Nouveau Testament, il est manifeste que c’est le même Dieu Père qui appelle. Jésus en s’adressant à son Père appelle les disciples « ceux que tu m’as donnés. » Nul ne vient à lui si le Père ne l’attire. Saint Paul se sait « appelé par la volonté de Dieu » (2Tm 1,1) ou « par ordre de Dieu » (Tite 1,3). Mais Jésus est aussi l’appelant. Pour créer les douze, il appelle à Lui ceux qu’il voulait (Mc 3,13) ; ensuite il leur rappelle « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis. » L’unique double question qui attend une réponse est de savoir si tous ceux que Dieu appelle parviennent au sacerdoce et si tous ceux qui sont dans le sacerdoce y ont été réellement appelés par Dieu. C’est aussi l’Eglise qui appelle. Dans l’élection de Mathias, le dernier mot est à Dieu mais c’est l’Eglise qui sélectionne les deux candidats. Dans les églises pauliniennes, les ministres sont très concrètement désignés par la communauté : les Philippiens choisissent Epaphrodite (Ph 2,25), les Colossiens Epaphras (Col 4,12) etc. La Didachè affiche cet impératif : « Désignez-vous des épiscopes et des diacres dignes du Seigneur. » A l’époque patristique, la désignation prend même la forme d’une acclamation populaire : « Ambroise évêque ! » ; puis Jérôme, malgré lui, a été ordonné prêtre par Paulin. L’idée de consulter le peuple chrétien dans le choix de ses ministres est une très ancienne pratique ecclésiale. Elle s’exprime clairement dans le mot du Pape Léon le Grand : « Celui qui doit présider à tous doit être élu par tous ». Prions l’Esprit Saint d’inspirer à tous ceux qui sont élus de travailler à devenir ce qu’ils sont. Amen !
Abbé Frédéric Serge KOGUE