La vocation du prêtre, rappelons-le, est née d’une rencontre intérieure avec le Christ. Le Seigneur a séduit celui qui s’est laissé séduire dans le cœur à cœur de son intériorité. Benoît XVI aime rappeler que : « être prêtre, cela signifie devenir l’ami de Jésus-Christ. Dieu va vivre en le prêtre et le prêtre en Dieu. Tel est l’appel sacerdotal. Ce n’est qu’ainsi que notre action en tant que prêtre peut porter du fruit. » D’où l’urgence de cultiver l’amitié avec Jésus, amitié qui rime intériorité. Cette amitié qui prend racine dans une intimité toute particulière avec le Christ, Maître de sa moisson, Maître de nos vies ! Cette intimité qui est intériorité est habitée par chacun des gestes sacramentels que pose le prêtre, geste par lequel, du sommet de la croix, le Cœur de Jésus-Christ s’ouvre et ouvre sur le monde, les effluves de son amour sans limite. L’intériorité du prêtre est aussi dépendante de sa relation à la Parole, à la Parole de Dieu. Dominique Rey écrit : L’intériorité du prêtre est eucharistique. Mais le prêtre est appelé également à demeurer dans la Parole du Christ. Il fait sienne cette Parole. Elle doit s’incarner en sa propre existence. Sa vie doit devenir évangélique. L’Ecriture, c’est sa patrie. Sa carte routière. Il la prie chaque jour. La Parole nourrit sa foi afin de l’enseigner, enrichie de sa propre médiation. Sans cette Parole de Vie, sa propre parole ne serait qu’une simple opinion parmi tant d’autres, un discours de plus, un discours de trop. » Le prêtre est alors homme d’intériorité parce que la Parole, au quotidien, implose en lui et explose en sa vie. Chaque jour, le devoir du prêtre le conduit à un émerveillement intérieur, l’émerveillement que suscite le sentiment de gratuité et de reconnaissance envers la grâce du Seigneur, la grâce de l’ordination reçue du Seigneur, la grâce de l’ordination d’un jour, la grâce qui produit et produira les effets et les fruits de toujours. Mais le risque est immense de perdre ou d’ignorer l’image et la réalité du prêtre, homme intérieur, homme d’intériorité. Oui, le prêtre perd toute son intériorité s’il remet à plus tard son office, le prêtre perd toute son intériorité si en se laissant absorber, consommer et consumer par l’agir, il accorde la gouvernance de sa vie à l’hégémonie de l’agenda, le prêtre perd toute son intériorité s’il oublie que le monde qui l’enserre est ennemi de ce qui est intérieur, un monde extraverti dans la tenue et la retenue, extraverti dans la marche et la démarche, extraverti dans son regard et dans ses tares. Le prêtre doit arrêter de jacasser, de se trémousser, de danser à temps et à contretemps. Il ne s’agit pas de manger et de boire l’instant qui passe. Oh ! Que de prêtres extérieurs à eux-mêmes ! Que de prêtres absents à eux-mêmes ! Que de prêtres que la routine a usés, au sens le plus carré et le plus menuisier du vocable, jusque dans leurs proto-convictions, jusque dans les premières amours de leur Sacerdoce ! Le Sacerdoce de Jésus-Christ est exigeant en sa radicalité ! Le prêtre doit s’accoutumer à cultiver en toute intériorité libératrice, cette exigence dans la radicalité ! Ce n’est que par le dedans que le spirituel se laisse saisir. Or, plus que toute autre, la vie sacerdotale a fortement besoin de ce retour aux sources profondes où l’âme refait ses forces. Permettons à notre vie de trouver et de retrouver son intériorité, de prendre et de reprendre son élan spirituel intérieur, de contempler la vérité de l’être du prêtre, de l’assimiler, de s’en nourrir : pour cela, il faudra apprendre à s’arracher au rythme trépidant de la vie quotidienne et s’accorder de longs moments d’intériorité libératrice.
Abbé Frédéric Serge KOGUE