Le prêtre est semeur de la Parole. Il sème dans les cœurs humains la Parole de Dieu qui est Parole de vie. A travers la Parole de Dieu, c’est Dieu lui-même que véhicule le prêtre. Mais Dieu est dans le silence, le silence de la brise légère. Homme de parole, le prêtre est aussi un être de silence, sa parole est préparée dans le silence, sa parole est annoncée par le silence, sa parole est portée et fécondée par le silence, sa parole est enrichie par le silence ; sans silence, point de parole qui vaille, sans silence, point de prêtre. Le prêtre n’est prêtre que dans la mesure où le silence fait partie de sa vie.
Toute la vie du prêtre le prédispose et le dispose au silence, silence préparatoire aux célébrations, silence dans les célébrations, silence après les célébrations, silence de l’écoute de l’autre et du Tout Autre, silence de l’examen de conscience. Tout homme est instruit des bienfaits du silence à l’instar du livre des Proverbes qui nous enseigne que quiconque garde sa bouche garde sa vie ; a fortiori, le prêtre, guide du peuple que Dieu s’est acquis. A notre monde épris et amoureux du bruit et des décibels, un instant de silence dégage une puissance incomparable de guérison, de régénérescence et de libération. Le silence dit Dieu ; le vacarme, le tintamarre et la fièvre du monde sont tellement assourdissants qu’il n’est plus guère possible d’écouter l’éternité qui passe et qui parle dans le silence.
Le virus frappe malheureusement à la porte de la cléricature ! Que de prêtres volubiles, bavardant en quantité suffisante, discutaillant en quantité industrielle, de la pluie et du temps. Que de prêtres que seul le sommeil ou la mort réussirait à faire taire ! Oh ! Que de prêtres incapables de se vaincre eux-mêmes en laissant le silence prendre le dessus ; une minute de silence est déjà une victoire sur le péché ! Dans le silence, l’on se rencontre soi-même, l’on se densifie ! Les génies, dit-on, sont le fruit d’un long silence ! Les commérages, papotages et autres excès de parole sont ennemis du recueillement, de l’oraison et de la réflexion. Le bien-aimé Jean-Paul II, Grand Pape s’il en fût, mettait un accent particulier sur le silence du prêtre. Le silence du prêtre, dit-il, est un silence empreint de la contemplation du mystère de Dieu.
En d’autres termes, le silence du prêtre ne manifeste jamais un vide intérieur, il manifeste au contraire la plénitude de foi qu’il porte dans son cœur. C’est l’absolu secret de la solidité intérieure du prêtre. Le prêtre a besoin du silence pour tenir debout dans l’adversité ! Il a besoin du silence pour entrer en oraison et y rester dans le cœur à cœur avec son Seigneur ! Il a besoin du silence pour rester fort parmi les plus forts ! Il lui faut le silence pour ne pas laisser transpirer les confidences, les secrets et les confessions qu’il accepte de recevoir ! Il a besoin du silence pour devenir et rester prêtre ! Silence des lèvres, silence du cœur, silence du corps, silence intérieur…Mets une garde, Seigneur, à ma bouche ; donne-moi de vivre du silence, mets en moi un silence rempli de ta présence !