CHRONIQUE SACERDOTALE

Le prêtre, homme de compassion

51ème émission

Les émissions "Chronique sacerdotale" sont initiées dans le cadre de l’Année Sacerdotale par la Radio Immaculée Conception d’Allada, radio catholique du Bénin (Afrique). Les émissions sont assurées par le Père Frédéric Serge KOGUE, tous les jours du lundi au vendredi à 11H45 et le samedi à 14H00. La radio en diffuse trois thèmes par semaine (un thème les lundis et mardis, un autre les mercredis et jeudis, un troisième les vendredis et samedis).

Le monde où nous vivons est un océan de souffrance, écrivait Paul Cardinal Poupard avant d’inviter à penser aux millions de personnes qui souffrent dans les hôpitaux, dans les hospices et dans les cliniques pour malades en phase terminale (…), à penser aux tout petits enfants, trop petits pour comprendre le mystère de la souffrance, mais assez grands pour en faire l’expérience. Aux jeunes gens pourtant forts, qui crient à cause de la douleur insupportable ; aux personnes âgées très affaiblies luttant et se débattant dans leurs derniers souffles de vie ; aux maladies mentales que bien des gens éprouvent, à la solitude des couples séparés, à l’isolement des orphelins qui n’ont jamais connu la chaleur d’une maison ni les caresses d’une mère ou d’un père, au tourment du drogué, à l’angoisse de ceux qui pleurent la mort d’un être cher, à la souffrance de ceux qui sont seuls. La souffrance est là, vivante, forte ; la souffrance est vraiment un patrimoine commun de l’humanité. Paul Claudel rappelle avec concision : « Dieu n’est pas venu pour éliminer la souffrance, mais pour la remplir de sa présence ». Cela étant, le prêtre, ministre et ami du Christ, ne peut pas ne pas être présent à la souffrance, à la souffrance du monde, présent au désarroi des hommes. Le prêtre ne peut pas non plus être ou devenir l’artisan de la souffrance des autres. Certains prêtres sont cause des douleurs sans nom qu’endurent leurs frères et sœurs en humanité. D’autres prêtres regardent souffrir sans compassion, indifférents, de marbre ; d’autres encore se moquent de la souffrance de l’homme, parce que le sort, oui le sort les a plongés dans le confort de la cléricature, les a mis hors du besoin. Rappelons-nous quel seul celui qui a souffert connait la souffrance et seul celui qui a souffert reconnaît la souffrance, seul celui qui a souffert sait que faire en face de la souffrance. Le Christ Jésus a souffert, terriblement souffert, mais il n’a pas éliminé la souffrance, il l’a élevée, transfigurée afin que ses prêtres en portent le fardeau avec les frères et sœurs en Jésus-Christ. Quelle devrait être l’attitude du prêtre à l’égard de ceux qui souffrent ? Auprès de la souffrance d’un autre homme, quelle qu’elle soit, il faut se monter compatissant. A défaut d’être réellement compatissant, le prêtre devrait avoir la diplomatie de faire semblant de l’être. Il faut apprendre à s’arrêter, cela est un signe de disponibilité. Notre compassion, qui nous engage à agir pour venir en aide à ceux qui souffrent, s’accomplit dans la communion, lorsque tout homme et toute femme qui souffrent est regardé(e) et vu(e) comme un frère et une sœur. De la part du prêtre, rien n’est plus triste qu’un flot de paroles déversées à vau-l’eau sur la personne du souffrant. Non ! Face à la douleur, seule la présence compte, seule la présence est efficace, présence de silence, silence rempli de prière, prière empreinte et pleine de confiance au Seigneur, confiance pleine et gonflée d’espérance. La souffrance est un facteur d’unité, la souffrance unit. L’on peut oublier ceux avec qui l’on a ri, mais l’on n’oubliera jamais ceux avec qui l’on a pleuré ! La compassion est fille de l’amour. C’est pourquoi Saint Jean de la Croix nous apprend que : « Au soir de la vie, vous serez jugés sur l’amour ». Plus que tout autre, le prêtre de Jésus-Christ devrait resplendir de cet amour, le prêtre de Jésus-Christ devrait transpirer cet amour de Jésus-Christ. Que cet amour devienne compassion en la vie des prêtres, compassion de la part des prêtres ! Dieu les y aide, maintenant et pour les siècles des siècles !

Abbé Frédéric Serge KOGUE

Publié le 28 juin 2010.

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