CHRONIQUE SACERDOTALE

Le prêtre et la grandeur de la miséricorde

59ième émission

Les émissions "Chronique sacerdotale" sont initiées dans le cadre de l’Année Sacerdotale par la Radio Immaculée Conception d’Allada, radio catholique du Bénin (Afrique). Les émissions sont assurées par le Père Frédéric Serge KOGUE, tous les jours du lundi au vendredi à 11H45 et le samedi à 14H00. La radio en diffuse trois thèmes par semaine (un thème les lundis et mardis, un autre les mercredis et jeudis, un troisième les vendredis et samedis).

La première donnée fondamentale relative à la miséricorde et au pardon du Seigneur nous vient des Livres saints. Dans les psaumes et la prédication des prophètes, le terme miséricordieux est le plus souvent attribué au Seigneur. Il suffit de rappeler ici les versets 38-39 du Psaume 78 : " Et lui [Dieu], miséricordieux, au lieu de détruire, il pardonnait ; maintes fois, il retint sa colère au lieu de réveiller sa violence. Il se rappelait : ils ne sont que chair, un souffle qui s’en va sans retour." A la plénitude des temps, le Fils de Dieu, venant comme l’Agneau qui enlève et porte sur lui le péché du monde (Jn 1,29 ; Is 53,7), apparaît comme celui qui possède le pouvoir aussi bien de juger (Jn 5,27) que de pardonner les péchés (Mt 9,2-7 ; Lc 5,18-25 ; Lc 7,47-49 ; Mc 2,3-12) ; c’est lui qui est venu non pour condamner mais pour pardonner et sauver (Jn 3,17). Le pouvoir de remettre les péchés, Jésus l’a conféré, par l’Esprit Saint, à de simples hommes bien fragiles, eux-mêmes sujets aux assauts du péché : " Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." (Jn 20,22 ; Mt 18, 18). C’est dire que l’Eglise ne peut rien pardonner sans le Christ ; et le Christ non plus ne veut rien pardonner sans l’Eglise. Mais ce ministère du prêtre est sans nul doute, à la fois, le plus difficile et le plus délicat, le plus fatigant et le plus exigeant, le plus contraignant et le plus exaltant, le plus beau et le plus consolant. Tremblant de crainte et de confiance, le confesseur est appelé à une tâche élevée qui consiste à servir la pénitence et la réconciliation humaine, à savoir connaître et reconnaître les faiblesses et les chutes de l’homme, évaluer son désir de se reprendre et les efforts nécessaires pour y parvenir, discerner l’action de l’Esprit sanctificateur dans son cœur, lui transmettre un pardon que Dieu seul et rien que Dieu seul peut accorder, célébrer sa réconciliation avec le Père, telle que la présente la parabole du fils prodigue, réinsérer le pécheur libéré dans la communion ecclésiale avec ses frères, accompagner paternellement le pénitent en l’encourageant fermement et amicalement : " Va, désormais ne pèche plus ! " (Jn 8,11). Ici apparaît dans toute sa grandeur la figure du ministre du sacrement de Pénitence, appelé confesseur selon une coutume très ancienne. Comme à l’autel où il célèbre l’Eucharistie, et comme en chacun des sacrements, le prêtre, ministre de la Pénitence, agit " in persona Christi ". Le Christ, qui est rendu présent par le prêtre et qui accomplit par lui le mystère de la rémission des péchés, apparaît bien comme frère de l’homme (Mt 12,49-50 ; Mc 3,33-34 ; Lc 8,20-21 ; Rm 8,29), pontife miséricordieux, fidèle et compatissant (He 2,17 ; He 4,15), pasteur à la recherche constante de la brebis perdue (Mt 18,12-13 ; Lc 15,4-6), médecin qui guérit et réconforte (166 - Cf. Lc 5,31-32), maître unique qui enseigne la vérité et montre le chemin de guérison (Mt 22,16), seul juge des vivants et des morts (Ac 10,42), qui juge selon la vérité et non d’après les apparences (Jn 8,16). C’est de ce visage du Christ que le pénitent a besoin, ce visage aimable et aimant de Dieu, visage de ce Dieu qui quoique habileté à juger, ne juge, in fine, personne. Ce Dieu aimable, fidèle, tendre mais exigeant, admonestant, appelant interminablement à la repentance et à la conversion. Que de pénitents ont été déçus du violent blâme à eux infligé par un confesseur ! Que de pénitents restés et bloqués à leur déception du fait d’un sentiment de dédain essuyé de la part d’un confesseur ! Que de pénitents sont restés frileux envers ou dans l’Eglise catholique du fait d’un soufflet reçu au confessionnal ! Seigneur, Dieu de miséricorde et de pitié, aide tes prêtres à exercer le ministère de la miséricorde non comme les juges d’un tribunal mais à la manière des dépositaires d’un amour éternel. Toi qui es Dieu pour les siècles sans fin. Amen !

Père Frédéric Serge KOGUE

Publié le 26 juillet 2010.

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