La presse nationale et internationale fait état de l’Eglise, de l’Eglise catholique, une Eglise catholique qu’elle juge malade, malade de ses prêtres, malade de la maladie de ses prêtres, malade de la pédophilie de ses prêtres. Le fait éclabousse l’Eglise, le fait macule la Sainte Eglise, le fait attriste la Sainte Eglise des pécheurs. Le tapage et le battage médiatique sont au plus fort de leur retentissement, pour un fait qui n’est pas nouveau, pour un fait qui n’est pas propre à l’Eglise, pour un fait qui ne couvre pas la totalité de l’Eglise, pour le fait d’une poignée de prêtres dont Dieu seul connaît les cœurs et les blessures. Une certaine presse bien loin d’être une presse certaine avance que la question de la pédophilie remettrait en cause le Célibat chaste des clercs ! Benoît XVI rappelle le caractère éminemment sacré du célibat et exhorte à le regarder comme « le signe de la consécration toute entière au Seigneur ». Les divers accidents de circulation n’ont point réussi encore à remettre en cause l’éternel code de la route ! Benoît XVI, c’est connu, n’est pas le Pape le mieux aimé des journalistes qui ont d’ailleurs beaucoup de points de vue et de réflexions à se faire pardonner ! La détermination du Pape à défendre la vérité de la foi chrétienne catholique n’a d’égale que la détermination de la presse à l’accabler de toutes sortes d’ordures possibles. Le pape tempère les ardeurs, invite à la prière et à une prise de responsabilité à tous les niveaux d’existence de la hiérarchie de l’Eglise. Cependant, reconnaissons-le, outre leur côté exacerbé, gonflé et hyperbolisé par une presse elle aussi malade d’elle-même, les faits, dans leur littéralité et dans leur matérialité sont et seront toujours exécrables. Les faits restent d’autant plus exécrables qu’ils ont cours en Eglise, dans l’Eglise Catholique. Les faits sont condamnables, leurs auteurs davantage. Leurs complices, Dieu seul sait. Benoît XVI entend agir avec urgence pour affronter ces faits, qui ont eu des conséquences si tragiques, tragiques dans la vie des victimes, tragiques dans la vie des familles des victimes, des faits qui ont assombri la lumière de l’Evangile à un degré que même des siècles de persécution n’avaient réussi à obtenir. De plus, le fait se répand comme par contagion, comme une traînée de poudre que tous commencent à inhaler, véritable épidémie de révélations qui affecte l’Eglise catholique sur la question des abus sexuels. Il y a d’abord eu des cas anciens apparus dans la chorale de Ratisbonne, dirigée pendant 30 ans par le propre frère du pape, Mgr Georg Ratzinger qui affirme qu’il s’agit d’événements inconnus de lui, antérieurs à son arrivée à la tête de la chorale. Sans grand discernement, la presse y mêle même la personne du Pape lui reprochant d’avoir accueilli et orienté vers un centre d’éducation thérapeutique et psychiatrique un prêtre présumé pédophile. C’était en 1980, à l’époque où Joseph Ratzinger était Archevêque de Munich. L’Allemagne n’arrête pas de s’excuser et de faire son mea maxima culpa avec les 170 plaintes qui auraient été enregistrés en l’espace de quelques semaines pour abus sexuels ; autant de révélations qui s’ajoutent à celles qui ont secoué l’Eglise américaine ces dernières années ; l’Irlande, avec ses plus de 14 000 plaintes, découvre et lit la Lettre Pastorale que le Pape a signé à son intention le samedi 20 Mars 2010. L’Autriche, les Pays-Bas ou l’Italie et la France ne sont pas du reste. La Suisse, de son côté, a ouvert une enquête relative aux cas de pédophilie qui lui sont particuliers. Faits réels ou supposés ? Et quelle justice pour les probables victimes ? Tous les torts et tous les préjudices ne sont pas réparables. Le Pape se fait proche des victimes, les rencontrant, les écoutant et discutant avec : « J’ai rencontré des victimes d’abus sexuels, explique Benoît XVI, et je suis disposé à le refaire à l’avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j’ai écouté leurs récits, j’ai pris acte de leur souffrance, j’ai prié avec eux et pour eux ». L’Eglise accoutumée à condamner le péché sans condamner le pécheur est à un carrefour, un carrefour décisif de son histoire et de sa vie. L’Eglise de Jésus-Christ a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils pour la porter dans la prière, pour la soutenir dans la prière, pour accompagner dans la prière ses prêtres, auteurs supposés ou réels d’actes répréhensibles, pour alléger dans la prière la souffrance de ceux qui souffrent, victimes, parents de victimes ou pur observateur : « Nous n’avons pas un Grand Prêtre qui n’est pas capable de compatir à nos faiblesses, mais un Grand Prêtre qui a été éprouvé en tout de manière semblable, exception faite du péché. »
Abbé Frédéric Serge KOGUE