Le mystère du prêtre

12 émission

Le prêtre est mystère. Le prêtre porte un mystère ; le prêtre est un mystère précisément parce qu’il porte un mystère, le mystère de Jésus-Christ. Le prêtre reste un mystère qui s’inscrit dans l’œuvre de salut du Christ, mystère de rédemption et de foi, mystère d’amour et d’espérance. Jean-Paul II, de digne mémoire, définissait son sacerdoce comme don et mystère. En ces deux réalités réside l’essence de l’identité du prêtre, l’essence du ministère du prêtre. Le sacerdoce est don par son origine divine, le sacerdoce est mystère par sa nature indubitablement transcendante, surnaturelle, céleste. Le prêtre devient cet homme qui porte dans ses mains un trésor de salut déposé à portée et à disposition de toutes les femmes et de tous les hommes.

Le prêtre est en soi un mystère par le fait qu’il rend présent le Christ dans le monde, à l’aide de ses faibles mains qui consacrent le pain, pardonnent les péchés, bénissent des bénédictions divines. Le prêtre est un mystère pour lui-même, mystère pour tous les hommes, ses frères et sœurs en humanité ; le prêtre est un mystère dans lequel coexistent le péché et la sainteté, la grandeur et la petitesse, la fragilité humaine et la miséricorde divine, la vérité et le mensonge, le beau et le laid, le bon grain et l’ivraie…

En présentant son sacerdoce comme un mystère, Jean-Paul II décrit son parcours spirituel, sa vie marquée par l’amour et la douleur, par la prière et le don de soi, par de grandes réalisations et par des incompréhensions immenses. Le bienheureux Pape défunt, montre que son sacerdoce est lié à la communauté, à l’Eglise, non pas comme un homme qui remplit simplement une fonction, mais comme un autre Christ parmi les hommes. Le récit du livre Ma vocation, Don et Mystère de Jean-Paul II se termine par les Litanies à Jésus Christ, Prêtre suprême et éternel, invocations que le Pape aimait à réciter du temps où il se préparait à son ordination. L’ordination marque l’initiation au mystère, ce qui prend une signification toute particulière, car elle embraie sur un tournant, une conversion qui porte le prêtre à s’identifier au Christ, Prêtre unique et éternel.
Jour après jour, le prêtre s’approche personnellement du mystère, mystère inépuisable de Jésus-Christ, mystère inépuisable du Dieu Père, mystère inépuisable du Dieu Esprit. Chaque jour, le prêtre est convié à s’immerger dans ce mystère de rédemption et de grâce en célébrant la sainte Messe, qui conserve son sens et sa valeur même lorsque, pour un juste motif, elle est offerte avec ou sans la participation du peuple, mais toujours, en définitive, pour le peuple et pour le monde entier. Précisément en raison de ce lien indissoluble avec le sacerdoce du Christ, le prêtre est praticien du mystère, mystère constamment menacé de profanation et de galvaudage si l’homme de Dieu ne prend garde à lui-même. Ainsi donc, avec le Christ, le prêtre chemine vers le Père comme un pèlerin du mystère en marche vers le mystère. Il le fait à travers le mystère pascal, en revivant les heures cruciales durant lesquelles, alors qu’il mourait sur la Croix, le Christ se remettait au Père. Au terme de chaque journée, le prêtre redit dans la Liturgie des Heures : « In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum » ; ce faisant, il se prépare au grand mystère du passage, de la pâque existentielle, quand le Christ, en vertu de sa mort et de sa résurrection, l’accueillera avec lui pour le remettre entre les mains du Père céleste. Il y a en cela un mystère de communion avec le Christ dans l’être et dans l’agir, qui exige d’être traduit dans une vie spirituelle imprégnée de foi, d’espérance et de charité.

Abbé Frédéric KOGUE

Publié le 18 mars 2010.

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