
La configuration au Christ Tête-serviteur, pasteur et époux de l’Eglise, est l’essence du sacerdoce. Le Cardinal Camille Ruini rapporte que, toutes les fois où l’on touchait au thème du célibat des prêtres, Mgr Gilberto Baroni, renvoyait régulièrement cette boutade : « Moi, je ne suis pas célibataire, je suis marié. » Le Cardinal Ruini déduit que, bien plus qu’une plaisanterie, c’était l’expression de la vérité d’une vie, la mise au jour de quelque chose qui avait crû longuement en lui. A la base de cette vérité et de ce critère de l’existence sacerdotale, il y a quelque chose d’originaire et de fondamental dans la révélation biblique et chrétienne : le rapport sponsal de Dieu avec son peuple. L’Apôtre Paul rappelle tout opportunément dans sa Lettre aux Ephésiens que « … le Christ est le chef de son Eglise, lui qui est le Sauveur de son corps... le Christ a aimé l’Eglise et s’est donné lui-même pour elle, pour la rendre sainte, en la purifiant par le moyen du bain d’eau accompagné de la parole... personne n’a en effet jamais haï sa propre chair ; au contraire, on la nourrit et on en prend soin, comme le fait le Christ envers l’Eglise. » . L’Apocalypse fait écho à l’Apôtre Paul, en parlant de la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, d’auprès de Dieu, prête comme une épouse parée pour son époux . Jésus lui-même, du reste, en plusieurs occurrences, s’est présenté comme l’époux qui vient. Après que la grande tradition patristique a trouvé en l’Evêque le représentant du Christ dans son rapport avec l’Eglise et en tant que tel, l’a présenté comme époux de l’Eglise, l’exhortation apostolique Pastores dabo vobis reprend avec grande acuité cette thématique, en l’appliquant non seulement aux Evêques mais aussi aux prêtres. En faisant mémoire du salut par les noces de la Croix, c’est en époux que le prêtre dit à l’Eglise, son épouse : « ceci est mon corps, ceci est mon sang, livré pour vous. » Le prêtre prononce ces paroles sublimes en époux virginal qui ne cherche point à posséder celle à qui il s’adresse. Le prêtre est époux jusqu’à la chasteté dans le célibat, il met tout l’amour de son cœur, toutes les forces de sa vie, toutes les fatigues de son corps, tous les désirs de son âme au service de l’Eglise. Mgr Dominique Rey rappelle à toutes fins utiles : « dans l’Eglise latine, les prêtres sont consacrés à la chasteté dans le célibat, mais ils sont aussi appelés à renoncer à l’activité économique ou politique directe, à renoncer à être n’importe quel autre membre du Corps, avec tout ce que cela peut représenter (…) de fécond, afin d’être tout à tous… » L’amour sponsal confère au prêtre une relation particulièrement sacramentelle avec l’Église. Il en devient l’homme, se définissant à partir d’elle, lui restant fidèle. Le prêtre fait sien le Magistère de l’Eglise, parle de l’Eglise avec affection et admiration, l’Eglise est le Corps de son Seigneur ! C’est en vivant ainsi et ainsi seulement que le prêtre acquiert un extraordinaire pouvoir éducateur et formateur, envers les vocations à une consécration spéciale, mais non moins envers les vocations au mariage elles-mêmes. Le témoignage de celui qui aime chastement n’est donc pas sans importance, il est plus que nécessaire dans un monde, une société et un contexte culturel où l’eros prend souvent le pas sur tout le reste. Le prêtre aime l’Eglise ; les deux sont signe de contradiction ; et l’amour du prêtre pour son Eglise est entier et plénier. Il vaut, à coup sûr, le sacrifice de toute une vie ! Au prêtre d’être fidèle à ses épousailles !
Abbé Frédéric Serge KOGUE