
Excellence Mgr Antoine GANYE, Archevêque de Cotonou,
Chers confrères dans le sacerdoce,
Chères religieuses et chers religieux,
Distingués Professeurs de l’Institut
Honorables invités,
Merci de venir partager ce moment mémorable avec nous ce soir, ce moment important dans la vie de notre Institut.
Ces deux livres qui expliquent notre raison d’être ici ce soir, sont nés d’une préoccupation à savoir : Comment aider plus efficacement les couples et ceux qui se préparent au mariage à mieux comprendre et à mieux vivre leur vie conjugale ? Cette préoccupation vient d’un sentiment de faiblesse au sujet des arguments que je développais aux époux pendant mon ministère paroissial pour susciter chez eux une considération plus grande de leur union.
Mes études à Rome sous la rigoureuse conduite de son Eminence le Cardinal Marc OUELLET, alors Professeur à l’Institut et aujourd’hui Préfet de la Congrégation Romaine des Evêques, m’ont convaincu de la piste de l’identité. Beaucoup de couples auraient résisté à la médiocrité et même à la rupture si les époux avaient conscience de ce qu’ils sont devenus par le sacrement du mariage. C’est la motivation de l’écriture de mon premier livre intitulé : « Se marier dans le Seigneur : le couple chrétien et son identité ».
I-Le premier Livre.
Par le sacrement du mariage en effet, les époux ne reçoivent pas quelque chose de Dieu, mais ils deviennent. C’est un devenir ontologique qui fait du couple, l’expression visible du couple Christ-Eglise. Dès lors, leur amour humain conjugal est assumé dans l’amour de Dieu qui le divinise. Entre le couple chrétien et le couple Christ-Eglise, existe un rapport intrinsèque de ressemblance. N’oublions pas que les Pères de l’Eglise, s’inspirant du célèbre passage d’Ep 5,21-31, définissent le mariage chrétien comme « symbole de l’alliance du Christ et de l’Eglise ». Mon travail a consisté dans la compréhension et l’approfondissement de cette définition. J’ai utilisé la métaphore du rapport entre une photo et la personne qu’elle représente. Le couple chrétien n’est donc pas une réalité quelconque. Sa grandeur ne s’apprécie pas seulement à la qualité de l’harmonie qui y règne. Ce n’est pas parce qu’au sein d’un foyer chrétien il y a souvent de mésentente et de dispute qu’il est moins qu’un foyer non chrétien où se rencontrent moins ces réalités. La différence entre un couple chrétien et un couple non chrétien est de l’ordre de l’être et est incommensurable. Les couples chrétiens doivent être plus fiers de ce qu’ils sont même si parfois ils connaissent moins de tranquillité que d’autres. Cette identité comporte nécessairement des exigences de cohérence. Pour nous résumer, nous dirons que le couple chrétien est ce par quoi le couple Christ –Eglise se rend visible et tangible. Toute atteinte sous quelle que forme que ce soit au couple chrétien est une atteinte directe au couple Christ-Eglise. En d’autres termes, c’est dans le cœur même du Christ que se scelle le lien conjugal des époux. Aussi l’unité et l’indissolubilité sont-elles des propriétés intrinsèques et non des exigences que l’Eglise impose de l’extérieur pour contraindre les époux à vivre ensemble.
Le couple chrétien atteint cette sublimité parce que lors de la célébration du sacrement du mariage, l’amour conjugal humain des époux est assumé dans l’amour divin qui le transforme et l’élève. Or l’Amour divin c’Esprit Saint. C’est pourquoi le Pape Jean-Paul II affirme que l’Esprit Saint est la règle de vie des époux chrétiens. Le couple ne se constitue et ne se maintient donc que grâce à l’Esprit Saint. C’est ce qui justifie l’écriture de mon second livre intitulé : l’Esprit Saint dans la vie du couple chrétien.
II-Le deuxième Livre.
La toute première difficulté rencontrée dans l’écriture de ce livre a été l’identification de la personne même du Saint-Esprit. Cela vous surprend certes.
En réalité, le nom Esprit Saint ne saurait être propre à la troisième Personne de la Trinité. Le Père aussi est saint et il est esprit. Le Verbe aussi est saint et est esprit.
Il est appelé aussi « l’Amour mutuel du Père et du Fils ». Mais ce nom aussi est sujet à controverse. Le Père Yves Congar estime que nous n’avons pas là de raisons métaphysiques suffisantes pour attribuer ce nom à la troisième Personne de la Trinité.
Nous avons fini par retenir le nom de « Don mutuel du Père et du Fils ». Ce nom qui a de fondements bibliques solides est aussi celui que la plupart des Pères de l’Eglise ont retenu.
Cette difficulté surmontée, aussitôt surgit une autre. Pour agir dans l’amour conjugal des couples, il faut bien que l’Esprit habite cet amour. C’est ici que naît une difficulté à la raison humaine. Comment comprendre en effet que l’Esprit Saint qui est l’Esprit absolu puisse habiter l’amour conjugal humain qui est relatif ? L’Absolu ne peut habiter le relatif sans l’éclater, donc sans l’anéantir. Or, il faut bien que l’amour conjugal humain subsiste à cette habitation. En nous appuyant sur la métaphysique, nous avons surmonté cette difficulté sans pour autant nous tirer d’affaire. Car un autre problème apparaît aussitôt. Comment en effet attribuer une action particulière dans la vie des hommes à une Personne de la Trinité ? C’est ce qu’en théologie on appelle l’« appropriation ». Approprier une action dans l’économie à une Personne divine ne relèverait que de l’absolu. Ce qui est attribué à une Personne divine lui appartient rigoureusement. Comment faire cela sans créer une partition du monde et un sauciçonnage de l’homme lui-même ? Si l’amour humain est approprié à l’Esprit, c’est que les deux autres Personnes de la Trinité en sont exclues. La solution à cet épineux problème nous donnée par les Pères grecs. Ces derniers affirment que « tout vient du Père par le Fils dans l’Esprit ». De la même manière « Tout va au Père par le Fils dans l’Esprit ».
Nous avons ensuite montré que l’Esprit est déjà l’œuvre dans le choix du partenaire. Ici se pose une question pointue. N’importe qui peut-il se marier à n’importe qui ou pour un homme précis il existe une femme précise voulue par Dieu ? C’est Dieu qui donne à l’homme son partenaire de vie. Et si l’on n’écoute pas Dieu, on peut bien se tromper dans une affaire aussi sérieuse et se retrouver là où on ne devrait pas être. C’est l’Esprit qui éclaire l’homme dans cette œuvre de recherche.
L’une des grandes découvertes que ce travail m’a permis de faire est le mode d’agir de l’Esprit Saint. Il procède souvent par séduction. La force dont il fait preuve parfois n’est que celle de la persuasion de sorte que l’homme qui agit sous sa mouvance est en définitive le seul à avoir la pleine paternité de son acte. L’une des choses qui m’ont émerveillé dans ces investigations est le rôle insoupçonnable que joue l’Esprit Saint dans l’éducation des enfants. Beaucoup échouent dans cette noble œuvre pour n’y avoir pas impliqué la troisième Personne de la Trinité.
En vous remerciant sincèrement de votre présence ici ce soir, j’implore sur chacun et surtout sur ceux qui liront ces ouvrages, l’assistance du Saint Esprit pour en recueillir tous les fruits.
Dieu vous bénisse.
Père Philippe KINKPON