Le pauvre n’est pas celui qui n’a rien ; le pauvre n’est pas forcément le démuni de tout. Le pauvre est celui qui attend tout de Dieu. Selon les Ecritures, le pauvre, c’est celui que le péché contraint à reconnaître son indigence devant Dieu, c’est celui qui s’en remet à Dieu et à sa grâce ! Jésus est venu annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Et c’est à ces (ses) pauvres-là que le prêtre de Jésus-Christ est envoyé, le prêtre est envoyé à celles et ceux qui restent convaincus d’avoir tout à recevoir du Seigneur, le Dieu de qui vient tout don parfait ! Saint Jean-Marie Vianney découvre que « l’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu ». Les pauvres se pressaient en effet au passage du Christ, pauvres de la vie et de l’amour, pauvres de l’exclusion et de toute forme de marginalisation, pauvres en raison des maladies et des tares humaines, pauvres parce que jetés et rejetés de la société ! Le Christ se trouvait si littéralement assailli que Marc rapporte « qu’il n’était même pas possible de manger. » . Il faut être pauvre pour soupçonner et flairer la pauvreté, il faut être pauvre pour reconnaître le pauvre. Jésus, ayant embrassé la pauvreté de la nature humaine, tend la main à la foule des pécheurs, reçoit ceux qui commettent le mal ainsi que ceux qui subissent le mal commis ; auprès de lui, tous ont un temps d’accueil et d’écoute, tous bénéficient de la compassion et de l’espérance qui redressent et relancent pour toujours. A la suite du Christ et pour le Christ, le prêtre accueille tant de femmes et tant d’hommes qui lui ouvrent la vérité de la dureté de leur existence, la misère de leur vie ; le prêtre rencontre les démunis de tous bords et de toutes rives, démunis d’argent, démunis de travail, démunis d’amour, démunis d’affection, démunis de logement, démunis de fraternité, démunis de tout. Le prêtre entend, écoute la misère des exclus, le soupir des pénitents, le cri des mourants. Toutes ces pauvretés aux mille visages que le prêtre regarde chaque jour appellent à s’en remettre à Dieu ; tant de pauvretés invitent à la pauvreté, tant de pauvretés invitent à s’appauvrir. L’esprit de pauvreté évangélique convie à composer et à faire avec la précarité des moyens et la modestie des ressources, à accepter ses limites propres ainsi que celles que la nature et le sort peuvent nous imposer. Dominique Rey raconte cette scène qu’il a vécue avec un confrère aîné très âgé, cloué sur un lit d’hôpital depuis plusieurs mois. Le prêtre lui ouvre son cœur : « au terme de ma vie sacerdotale, j’ai découvert que Dieu s’est servi d’un pauvre. Il m’a privé peu à peu de ce qui n’était pas indispensable. Je suis ramené à l’essentiel, à la grâce de mon premier appel, au sacrifice de ma vie, à l’eucharistie... J’ai découvert que cette parole de Jésus : ‘je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades’ s’appliquait d’abord à moi. » Emouvante histoire susceptible d’inspirer plus d’un prêtre ! Tant de femmes et tant d’hommes sont pauvres, manquant d’amour et de justice, manquant de pain et d’eau, d’emploi et de responsabilités, de considération et de dignité ; mais les plus pauvres des plus pauvres sont à la fois ceux qui n’ont point Dieu et ceux expérimentent l’absence apparente de Dieu au cœur de leur désespoir ! C’est à eux les malades, les mal portants que le prêtre est prioritairement envoyé. Le Christ s’est identifié à ceux que le Père lui a donnés, c’est au tour du prêtre de s’identifier à ceux que le Christ lui donne. Les pauvres ont droit à l’Evangile, à la totalité de l’Evangile… Les riches aussi !
Abbé Frédéric Serge KOGUE