
Mystique sort d’une même racine que mystère, impliquant du coup une part d’invisible, d’inexplicable ; part qui échappe au regard humain, qui échappe à une compréhension mathématicienne, à une saisie immédiate. Le sacerdoce, institution d’essence divine, échappe au contrôle de l’humain, à toute prise humaine. Il échappe à toute mainmise humaine en son origine, en ses moyens, en sa finalité. Le sacerdoce est du Seigneur, il vient du Seigneur Lui-même. Le Seigneur y appelle des hommes bien limités et bien fragiles.
Le sacerdoce est porté par une telle mystique, chaque prêtre est engagé dans cette mystique, une destinée qu’il ne contrôle absolument point mais à laquelle il fait totalement confiance, absolument confiance ; cette destinée se confond à cette main invisible qui le conduit à la paix.
De plus, le prêtre est un croyant ; il a foi en ce qu’il fait, il croit ce qu’il fait. A la sueur de son front, il déploie toute la mesure de ses capacités, il ne s’économise pas, il ne se roule pas les pouces. Mais le prêtre est conscient que son zèle à lui seul ne suffit guère, ne suffira guère à donner croissance et germination à ce qu’il met en terre. Il sait que toutes les peines consenties au champ du Seigneur ne suffisent guère à garantir la réussite de son ministère. L’homme sème en effet, mais c’est Dieu et Dieu seul qui donne la croissance.
La mystique du prêtre réside aussi, le clair du temps, dans le caractère invisible, non estimable, non quantifiable de la réussite de la mission. La mission du prêtre, pour une certaine part, pour une part certaine, touche à l’invisible. Le prêtre réfère au Tout-Autre, à l’Invisible, le Tout Autre dont la moisson pousse à travers lui, par lui, avec lui, en lui.
Cette mystique convie à la patience, elle fait du prêtre un homme de patience, mais il ne s’agit nullement d’une patience de paresseux et de flemmard, il s’agit d’une patience manches retroussées et non pas d’une patience bras croisés ; une patience aussi active qu’agissante. Alphonse Quenum appelle avec justesse le prêtre, bâtisseur d’avenir. Comment peut-on bâtir si l’on n’a aucune mystique, si l’on est porté par aucune mystique, si l’on n’est mû par aucune mystique ? Le prêtre bâtit la demeure du Seigneur, comment s’y pend-il ? Comment en pose-t-il les fondations ? Comment en dispose-t-il les assises ? Jour après jour, instant après instant ? ...
Le grain mûrit certes, à condition qu’il ait été mis en terre ! Le grain mûrit malgré sa petitesse et malgré les forces pouvant la neutraliser, pouvant l’étouffer. Mais il faut la planter, il faut se lever, il faut avancer ! Le Seigneur ne bénira jamais nos torpeurs, nos somnolences, nos fuites de l’effort. Nuit et jour, que le prêtre dorme ou non, la semence germe et grandit. Il ne sait comment. Il ne saurait jamais comment !
Mais il faut l’avoir plantée, la semence ! Il nous faut la planter, cette semence !