La bonté du prêtre

9 ème émission

Dieu est Bon ! Il s’agit là d’une vieille lapalissade, Dieu est Bon. C’est l’un des tout premiers attributs, l’une des premières évidences que l’on enseigne et que l’on apprend de Dieu : Dieu est Bon. A divers égards, cette évidence de la bonté de Dieu se vit, se voit, se laisse voir, se laisse apercevoir. Le prêtre est celui que le Seigneur s’est choisi pour orienter et conduire vers sa bonté. Et Dieu lui en remet les armes, Dieu lui en donne les moyens. Dieu pourvoit le prêtre de ce qui rend bon. Il l’introduit aux secrets de sa propre bonté ! Dieu lui ouvre les réserves de sa bonté propre ! En conséquence, un prêtre ne peut pas ne pas être bon : un prêtre est foncièrement bon, un prêtre doit être bon.
La question de la bonté s’avère d’autant plus préoccupante à notre âge que la bonté est menacée de disparition. Même dans le rang des prêtres où la force, sous toutes ses formes, peut devenir baromètre des relations humaines, force financière, force physique, force institutionnelle, force relationnelle. La notion de bonté, à notre âge, tend à devenir un pur concept marginal. C’est une grâce de pouvoir être là, attendre comme Jésus près du puits, l’homme assoiffé, de tout, pour lui offrir l’eau d’une vie plus profonde. La bonté se suffit à elle-même. Joseph-Albert Cardinal Malula invitait ses prêtres à décider d’être bon, à décider de devenir et de rester bon, à prêter le serment d’être bon, 24 Heures par jour, serment à renouveler au matin de chaque jour, à chaque instant du jour, jour après jour. Car, prévient Malula : l’imposition des mains ne vaccine jamais contre les travers antérieurs.
L’homme se souvient toujours de celui qui a fait preuve de bonté envers lui. Il se souviendra plus encore de l’homme qui, au nom du Seigneur, a été bon envers lui. Mais la bonté du prêtre est envers tous, envers le riche et le pauvre, envers le fort et le faible, envers le petit et le grand, envers l’homme et la femme, le prêtre étant cet homme que Dieu s’est permis d’introduire dans le secret du malheur des autres. Un regard de bonté porté sur un nécessiteux, une main de bonté tendue à un désespéré, un cœur de bonté attendri par un drame humain, un geste de bonté accompli en direction d’un pauvre hère ; voilà qui dit la bonté, voilà qui dit toute la bonté du prêtre. Bonté qui n’est point bondieuserie et mièvrerie, bonté qui n’est point piètrerie ou bizarrerie, artifice, semblant ou prétexte de bonté ; bonté empreinte de rigueur, bonté mue par l’amour, bonté inspirée de Jésus-Christ. La bonté du prêtre ne saurait dépendre de la lumière des yeux qui le regardent ! Un prêtre que tout le monde fuit n’est certainement pas bon ; il devrait convoquer un colloque avec lui-même, seul à seul dans le silence du silence de son cœur !
On est à jamais marqué par toute expérience de bonté venant d’un prêtre. Juste un instant de bonté a permis à ce prêtre d’écouter avec son cœur la pauvre Tatiana qui renonça conséquemment à se donner la mort ! La bonté du prêtre touche toujours. Il est plus facile d’être bon que de ne pas l’être. « La bonté, dit Lacordaire, contient les autres choses (…). Par dessus toute chose, le prêtre doit être bon ! La bonté est ce qui ressemble le plus à Dieu… »

Abbé Frédéric KOGUE

Publié le 9 mars 2010.

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