LE MENSONGE EUCHARISTIQUE

Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice Eucharistique de son sang. Pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier à l’Eglise, son Epouse bien aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : Sacrement de l’Amour, Signe de l’Unité, lien de la Charité, Banquet Pascal. Dans lequel le christ est reçu en nourriture, l’âme comblée de grâce et de gage de la gloire future nous est donné (CEC).

Ainsi comprise, l’Eucharistie nous convie à l’Amour, à l’Unité et à la Charité. Il y a mensonge eucharistique quand celui qui communie au corps et au sang du Christ manque de cohérence dans ses dispositions intimes ou dans son comportement.

La cohérence, c’est une logique perceptible dans les paroles, les gestes, la conduite d’une personne donné. C’est une manière d’être conséquent avec soi-même dans la vie courante et concrètement.

Ainsi, par exemple quand l’Apôtre Pierre dit : « je ne connais pas cet homme », il n’est pas conséquent avec lui-même, lui qui, quelques instants plus tôt se déclarait prêt à mourir avec Jésus.

L’incohérence est la source du péché de l’homme ; elle instaure le décalage entre ce que je dis de mon être et ce que je fais. Le mensonge eucharistique est de cette nature ; il se situe au niveau des dispositions qui habitent le cœur de celui qui communie.

Considérons l’homme, cet être fait pour Dieu, tendu vers l’absolu, le lieu de son repos. Jésus est le Chemin qui y mène et c’est lui qui vient au secours de l’homme pour l’y conduire. Communier, c’est entrer dans l’intimité de Jésus qui nous rends alors pleinement Fils de Dieu, pleinement « image du Père ». Jésus –Eucharistie est communion, il invite à la communion, c’est – à dire, à l’Unité, à la cohésion, à l’intimité. Le mensonge Eucharistique a lieu quand le chrétien qui reçoit Jésus-Eucharistie, a dans le cœur, des sentiments, des dispositions contraires à l’Amour, à l’unité, à la Charité.

En effet, l’Eucharistie est « le fruit de la terre et du travail des hommes » et nous contient tous virtuellement. Le Christ en s’incarnant consacre notre unité dans ce fruit. Quand je communie au Corps du Christ, je deviens réellement ce que je suis virtuellement : uni au Christ et à tous mes frères en humanité. Cela si je suis dans de bonnes dispositions. Au contraire, si je suis divisé en moi-même, étant opposé à l’un de mes frères, par une quelconque mésentente, ma démarche de communier est un Mensonge. Dans ma division personnelle, je ne peux pas entrer dans l’unité, la communion avec le Christ et mes frères. C’est le sens de l’avertissement du Christ : si portant ton offrande à l’autel, tu te souviens que ton frère à quelque chose contre toi… va d’abord te réconcilier avec lui. Ce mensonge ne ressemble t-il pas d’assez près, à tous les mensonges de nos vies quand elles ne sont pas cohérentes, malgré nos protestations d’amour pour le seigneur ?

D’où vient l’incohérence de nos vies ?

L’incohérence s’introduit dans notre vie en partant de petites failles, de petits refus de faire le bien. L’habitude de ces riens finit par installer l’âme et le cœur dans une indifférence coupable qui conduit à l’infidélité sous toutes ses formes. Ainsi, privée de la grâce qui sanctifie et donne la force de faire le bien, l’âme, même consacrée, glisse vers la rancune, le refus de pardonner, l’égocentrisme et vit loin de Dieu parfois sans s’en douter.

Ici, il faut distinguer les sentiments des états d’âme passagères, même s’ils sont violents, d’avec les décisions volontairement tenaces et irréversibles. « Moi, lui pardonner ? Jamais ! » Ici, toute la responsabilité morale est engagée ; c’est en cela que consiste le péché.

Cette attitude en effet, est différente de celle que vit la personne qui dit : « je ne peux pas encore pardonner, c’est trop pour moi ». Dans ce cas précis, nous sommes en présence d’une reconnaissance de la faiblesse humaine »je ne peux pas »…pas encore ; ce qui laisse espérer que le temps et la grâce peuvent changer la situation, c’est pourquoi celui qui voudrait pardonner et n’y parvient pas encore va communier afin que la grâce du pardon lui soit donnée par le Seigneur, Lui qui est notre Pardon. C’est pour la même raison que nous nous permettons de communier malgré notre indignité. Car tandis que le cœur bloqué par son refus de pardonner nourrit la haine, et entretient la rancune est divisé en lui-même et ne peut prétendre à aucune forme de communion avec le Christ, celui qui lutte contre la faiblesse humaine refuse la division de son être intime ; il veut garder le lien avec Jésus-Christ Amour et Communion.

Et si on en croit Saint Augustin, son désir sincère de faire le bien est déjà un bien. En ce temps où nous préparons nos confessions pour la communion Pascale, demandons les uns pour les autres, la grâce d’une communion VRAIE avec Jésus-Eucharistie et nos frères les hommes.

Mère Catherine KOUAGOU

Publié le 9 avril 2010.

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