Le prêtre est instamment convié à l’obéissance ! La Parole, Verbe de Dieu, confère au prêtre une Autorité au service de l’obéissance à la volonté même de Dieu ; et son autorité est tout à fait relative à une Parole qui n’est pas sa parole, à une Parole qui ne sera jamais sa parole. Etre fidèle à la Parole revient à remplir au mieux le cahier de charge de la mission que le Père, dans sa bonté, confie au prêtre de son Fils ! L’obéissance du prêtre devient alors obéissance à la mission reçue : obéissance aux termes de la mission, obéissance au contenu de la mission, obéissance à l’Esprit et à l’esprit de la mission. L’obéissance à la mission reçue est obéissance à Dieu ; et l’obéissance à Dieu est chemin de croissance et de liberté. La liberté, en soi, est chemin d’obéissance parce que c’est en obéissant comme fils au projet du Père que le croyant réalise la liberté de son être. Ceci, à l’évidence, exige de se reconnaître d’abord comme fils, de s’accepter comme fils, de se réjouir d’être fils, parce que seul un fils peut se remettre librement entre les mains de son Père, exactement comme le Fils-Jésus, s’abandonnant au Père. Même en se livrant à la passion et à la mort par l’œuvre des grands prêtres et de la foule hostile, Jésus était absolument certain que toute chose trouverait sa signification dans l’obéissance totale au dessein de salut voulu par le Père, auquel – comme nous le rappelle saint Bernard – ce ne fut pas la mort qui a plu, mais la volonté de celui qui mourait de son plein gré. Sur ce chemin d’obéissance, nous ne sommes pas seuls : nous sommes guidés par l’exemple du Christ, le bien-aimé dans lequel le Père s’est complu mais aussi Celui qui nous a libérés par son obéissance. C’est Lui qui inspire notre obéissance pour que s’accomplisse à travers nous le dessein divin de salut. À l’imitation du Christ et l’apprenant de Lui, le prêtre, par un geste de suprême liberté et de confiance inconditionnelle, a déposé sa volonté entre les mains du Père pour lui rendre un sacrifice parfait et agréable. Avant d’être modèle de toute obéissance, Christ est celui auquel s’adresse toute obéissance véritable. L’obéissance du Christ corrige autant la désobéissance d’Adam que chacune de nos désobéissances particulières. L’obéissance du Christ appelle l’obéissance au Christ ; elle se concrétise dans l’obéissance ecclésiale, qui pour le prêtre est, dans la pratique sacerdotale, obéissance à l’Evêque. Dans l’Eglise, l’obéissance n’est point un acte formel ; c’est l’obéissance à celui qui est, à son tour, obéissant et qui, de ce fait, personnifie le Christ obéissant. Tout cela assure à l’obéissance sa profondeur théologale et son souffle catholique : dans l’Evêque, le prêtre obéit au Christ et à l’Eglise entière que représente l’évêque. L’ordinand s’agenouille devant l’évêque, met ses deux mains jointes dans les deux mains de l’évêque qui lui demande : « Promettez-vous de vivre en communion avec moi et mes successeurs, dans le respect et l’obéissance ? » Bien souvent hélas, l’obéissance s’apprend à partir de la souffrance ou au travers des situations particulièrement difficultueuses : la médiation est par nature limitée et inférieure à ce à quoi elle renvoie, d’autant plus qu’il s’agit d’une médiation humaine dans son rapport avec la volonté divine. Saint Ignace de Loyola écrit dans ses Constitutions : « la véritable obéissance ne regarde pas à qui elle est rendue, mais à cause de qui elle est rendue ; et si elle est rendue à cause de notre seul Créateur et Seigneur, c’est à lui, le Seigneur de tous, que l’on obéit » dans la lumière et la force de l’Esprit.
Père Frédéric Serge KOGUE