LETTRE PASTORALE

L’amour du Christ nous presse (2 Cor 5, 14)

« Combien de tensions internes, qui affaiblissent et déchirent certaines Eglises et Institutions locales, disparaîtraient devant la ferme conviction que le salut des communautés locales s’acquiert par la coopération à l’œuvre missionnaire, pour que celle-ci s’étende jusqu’aux confins de la terre ! »
PAUL VI, Message pour la Journée mondiale des Missions, 1972.

Chers Pères,
Chers frères et sœurs,
Cette parole du Pape Paul VI, prononcée il y a bientôt 40 ans, ne peut manquer d’avoir un écho particulier en nous, en cette année jubilaire des 150 ans de l’évangélisation de notre pays, eu égard à la situation actuelle de notre cher Diocèse de Cotonou. Parole pleine d’espérance, elle oriente notre regard vers le seul horizon qui donne non seulement la claire vision de ce qui est à faire et qui est juste et bon, mais aussi la force de l’accomplir. Cet horizon est que l’amour du Christ nous presse, à l’idée qu’un seul est mort pour tous et que tous par conséquent sont morts (2 Cor 5,14). Morts au monde et à ses convoitises, les fidèles du Christ qui ont désormais leur vie cachée en Jésus-Christ (Col 3,3) vivent, mais ce ne sont plus eux qui vivent mais le Christ en eux. Ils ont été crucifiés avec Lui. Ils vivent dans la foi au Fils de Dieu qui les a aimés et qui s’est livré pour eux (Gal 2,20). Devant une telle surabondance d’amour manifestée là où le péché a abondé, annoncer l’Evangile ne saurait être un sujet de gloire, mais une nécessité qui s’impose à nous. Et tout chrétien pourra dire avec St Paul : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » (1 Cor 9,16) Si l’amour du Christ nous presse, l’urgence de la mission s’impose à nous. Et c’est en entrant résolument dans cette urgence que l’Eglise retrouve sa pleine identité, même au milieu des pires tribulations. En effet, l’Eglise Servante, dans sa marche pèlerine, a eu par le passé à faire face à des situations bien plus difficiles et plus complexes que ce que nous connaissons actuellement : persécutions au dehors, crise au-dedans. Elle n’a retrouvé sa force et sa vigueur qu’en se recentrant sur ce qui constitue sa profonde raison d’être. Elle a été instituée par son Seigneur pour être « sacrement universel de salut » ; cela veut dire un signe efficace de la grâce rédemptrice que le Christ a obtenue pour l’humanité entière au prix de son Sang versé sur la Croix. En devenant chaque jour un peu plus ce qu’elle est, l’Eglise ne peut qu’éliminer de son sein les sources de tension, les germes de division et les situations d’injustice. Mais il n’est pas sûr qu’en pratiquant le chemin inverse elle atteigne véritablement sa fin.
En revenant au Diocèse de Cotonou, après 15 ans de service à Dassa, j’ai senti que la première chose à faire était de vous écouter. Par les rencontres organisées – le clergé diocésain à Sègbohouè, le 12 août 2010, les religieux et religieuses à Cotonou, le 10 septembre 2010, les conseillers pastoraux paroissiaux, aussi bien en zone urbaine qu’en zone rurale (Cotonou, Calavi, Ouidah, Allada), du 09 au 17 septembre 2010 – et les nombreux entretiens à l’Archevêché, j’ai commencé à vous écouter. Vous avez certainement encore beaucoup de choses à me dire et moi-même en ai beaucoup encore à découvrir. Mais un diagnostic aussi précis que possible de la situation actuelle de notre Diocèse ne nous donnerait pas automatiquement l’issue nouvelle que nous recherchons tous de nos vœux. Aussi, en vous adressant cette première lettre pastorale, voudrais-je vous inviter, tous ensemble, à orienter votre regard vers l’horizon de la mission, cette mission sans laquelle l’Eglise n’est pas. La mission s’enracine en Dieu lui-même. C’est en effet de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père, que l’Eglise tire son origine. Ce dessein est que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2,4). Et c’est pour mener à bien ce salut qu’il a envoyé son Fils afin d’arracher les hommes à l’empire des ténèbres et de Satan (Col 1,13) et de se réconcilier en lui le monde (2 Cor 5,19). Le Fils ayant opéré cette rédemption du monde au prix de son sang, a envoyé d’auprès du Père comme premier don fait aux croyants l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification. La mission prend donc sa source dans le mystère trinitaire. Et le Fils ressuscité la confie à son Eglise : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21).
Je voudrais tant que nos communautés ecclésiales écoutent ces paroles du Seigneur : « Moi aussi, je vous envoie » et s’accueillent comme « communautés envoyées ». Vers qui sont-elles envoyées ? Comme jadis au temps de St Paul, il y a aujourd’hui tant de Macédoniens qui crient vers nous : « Passez en Macédoine, venez à notre secours ! » (Ac 16,9). Voici 150 ans que l’Eglise a été implantée sur notre terre du Bénin et il y a encore tant de contrées qui n’ont jamais entendu parler de Jésus-Christ. Que nos paroisses de Cotonou écoutent l’appel de la mission : l’appel du lointain ! Qu’elles écoutent et sortent enfin de leur pastorale d’auto-entretien qui ne peut que faire pourrir la foi. Qu’elles aillent sur les routes humaines ! Nous devons porter tous le souci des zones les plus défavorisées là où des frères n’ont même pas un apatam pour l’assemblée dominicale et sont exposés aux intempéries. Pouvons-nous en conscience continuer de multiplier à Cotonou les dépenses de luxe ?
L’amour du Christ nous presse. Il y a une urgence de la mission. Je voudrais qu’en cette année jubilaire nos communautés paroissiales urbaines s’ouvrent vraiment à la vie et aux problèmes de nos communautés rurales et vice-versa. Ce rapprochement des communautés, qui se fera sous la responsabilité des Curés avec la collaboration de leurs Vicaires, changera – j’en suis persuadé – la physionomie de notre Diocèse. Je parle de rapprochement de communautés et pas simplement d’entraide entre confrères – chose importante aussi mais qui doit toujours être au service de la mission – parce que nous devons aussi tourner la page du temps où certains confrères ont été tentés de considérer la paroisse comme leur propriété privée y prenant à leur gré des initiatives auxquelles le Presbyterium et le Peuple de Dieu ne sont pas associés. Nul n’a le droit de disposer à sa guise des biens de l’Eglise. Avec mon Conseil, je m’attèlerai à la révision du système de péréquation et veillerai aussi à ce que toute initiative d’importance qui engage l’avenir d’une paroisse soit toujours prise en lien avec la Curie Diocésaine. Si l’amour du Christ nous presse, c’est pour la mission qui est, on ne peut plus, urgente. Il y a tant d’hommes et de femmes qui ont soif de Dieu et qui veulent voir Jésus.
Pour assumer cette mission, le premier moyen que l’Eglise a à sa disposition est le témoignage. Les premiers chrétiens, tout comme nos pères dans la foi, ont donné ce témoignage d’une façon héroïque. Au prix de leur vie, ils ont attesté que Jésus est Seigneur. Le monde vers lequel ils étaient envoyés n’était pas simple. Les premiers chrétiens devraient faire face à l’hostilité des Juifs et à celle des Païens. Nos pères dans la foi avaient à témoigner de Jésus-Christ devant un pouvoir royal fortement ancré dans la RTA et devant un pouvoir colonial qui poursuivait un dessein de domination et d’assimilation. Les uns et les autres ont pu garder la pureté de leur foi en la signant, au besoin, de leur sang.
Aujourd’hui, les fronts ne sont pas simples non plus. Beaucoup de frères et sœurs restent soumis aux pressions des traditions ancestrales surtout aux moments critiques de leur vie. Sur le front de la modernité, ils ne manquent pas non plus d’être sollicités par des groupes ésotériques qui conditionnent leur avancement socioprofessionnel à l’allégeance qu’ils feraient à telle ou telle loge secrète. Résister sur ces deux fronts requiert une certaine dose d’héroïcité. Nous devons pour cela aider nos communautés chrétiennes à créer en leur sein un climat de discernement tel que chaque fidèle se sente porté par une communauté de foi et ait à portée de main les éléments pour rendre compte de l’espérance qui l’habite.
Le deuxième moyen dont dispose l’Eglise est la présence de la charité. Notre monde apparaît de plus en plus comme un vaste champ de lutte pour la richesse et la puissance et qui ne fait que secréter de nouvelles formes de misères. Ce que les hommes attendent de nous, c’est notre présence aimante. L’empressement avec lequel tout le Diocèse s’est mobilisé pour aller en aide aux sinistrés des vallées du lac lors de la dernière crue qui a fait tant de victimes, est le signe de la vitalité de nos communautés. Cette charité doit se faire toujours plus inventive pour répondre à toutes les formes de pauvreté qui se développent sous nos yeux. Mais c’est déjà dans les rangs des prêtres que se développent des inégalités scandaleuses qui pourraient rendre vaine leur prédication. Prêtres et laïcs ont l’impérieux devoir de créer au sein de nos communautés chrétiennes un climat plus évangélique quant au rapport aux biens matériels. Le troisième moyen de la mission est la prédication évangélique. Nos communautés chrétiennes semblent manquer d’audace dans l’annonce de l’Evangile au moment même où leurs propres membres sont constamment assaillis par des propositions « nouvelles » de l’Evangile qui leur promettent bien souvent un christianisme sans la Croix du Christ, où l’on entre pour gagner, pour prospérer, un christianisme des merveilles. Devant de telles instrumentalisations de l’Ecriture, la plupart de nos fidèles catholiques semblent sans ressources, faute d’une formation biblique solide.
Au cours de mes rencontres avec les conseillers pastoraux paroissiaux, j’ai été frappé par leur insistance sur cette formation biblique et doctrinale. Cela n’est pas sans me rappeler la formation des laïcs initiée naguère par le Directeur des œuvres que j’étais, avec le concours des Pères dominicains – le Père François de Medeiros et le Père Sidbé Semporé – et d’autres personnes ressources ; formation qui avait suscité un grand intérêt chez les fidèles laïcs. Pourquoi des initiatives du genre ne continuent-elles pas avec le même entrain ? Les prêtres que j’ai interrogés à ce sujet m’ont parlé de la désaffection des fidèles laïcs pour les formations organisées. Qu’est-ce qui explique ce décalage entre le besoin exprimé et l’adhésion aux propositions de formation ? Qu’est-ce qui fait que le peu de fidèles qui y participent ne persévèrent pas ? Une réflexion en profondeur sur le ministère d’enseignement dans notre Eglise diocésaine doit être menée, ensemble avec les fidèles laïcs, afin de trouver les voies et moyens d’une formation adéquate du Peuple de Dieu.
En lien avec la prédication évangélique est la formation catéchétique. Là aussi une grande attente s’est exprimée aussi bien de la part des fidèles laïcs que des religieux. Ils attendent tous que le Centre Catéchétique retrouve sa vocation première de centre de formation des maîtres catéchistes. Les sessions de formation des leaders de communautés paroissiales qui avaient cours dans le Diocèse doivent reprendre afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier d’un encadrement qui les aide à rendre efficacement le service d’Eglise qui leur est confié.
Toute cette formation de la communauté chrétienne n’atteindra son but que si elle s’incarne dans des formes de vie stables dans l’Eglise. La toute première forme de vie concernée, est la famille. Elle est la première cellule de l’Eglise et de la société et doit à ce titre bénéficier d’une attention toute particulière dans notre pastorale. Mon prédécesseur, Mgr Marcel Agboton, vous a adressé il y a quelques années une importante lettre pastorale sur la Famille chrétienne, Icône de l’Eglise. Il sera important pour nous de reprendre cette lettre et de l’approfondir. Car le défi de la famille reste aujourd’hui entier. Nous avons la chance d’avoir au cœur de notre Diocèse un Institut Pontifical d’études sur le mariage et la famille. Comment cette institution est-elle reliée à nos paroisses et à la pastorale familiale que nous y développons. Nous devons travailler à créer des passerelles entre nos institutions pour ne pas périr sur l’herbe qui doit nous guérir. Il y a tant de belles choses qui se font dans ce Diocèse mais qui, faute de coordination, ne profite pas au grand nombre.
En lien avec la famille, notre attention doit porter sur la jeunesse et sur l’enfance. Elles représentent l’avenir de notre Eglise et de notre société. En mettant en œuvre un projet éducatif concret qui déborde la formation que nous donnons dans nos écoles catholiques et qui touche le plus grand nombre de jeunes possible, à travers les aumôneries des groupes et mouvements, nous réussirons à gagner le pari d’un avenir prometteur. La deuxième forme de vie qui me tient à cœur est la vie consacrée. Nous avons la grâce d’avoir dans notre Diocèse une variété d’instituts religieux et de sociétés de vie apostolique. Les instituts séculiers commencent aussi à prendre leur place dans le champ de la mission. Il y a également des pieuses unions qui s’affermissent progressivement. Ces diverses formes de vie consacrée doivent être cultivées avec soin, afin de montrer les divers aspects de la mission du Christ et de la vie de l’Eglise. Par la manière généreuse dont elles vivront les conseils évangéliques, elles aideront notre Eglise diocésaine tout entière à retrouver les vraies échelles des valeurs. Elles nous aideront surtout à réinventer pour notre société engagée dans une course effrénée à l’argent les voies d’une pauvreté évangélique libératrice qui seule pourra promouvoir le développement de notre pays. Et en cette matière, l’Eglise doit occuper le peloton de tête.
Je mettrai en place une commission composée de religieux et de clercs diocésains qui s’occupera de penser toutes les questions mixtes concernant la vie et la mission des instituts de consacrés dans notre Diocèse. La troisième forme de vie – première en intention – qui sera l’objet de notre attention est le clergé et les séminaristes. Tout le projet pastoral de relance missionnaire de notre Diocèse tiendra ou échouera selon l’accueil que le clergé lui réservera. Comme je l’ai dit à mes frères prêtres au Foyer de charité à Sègbohouè, l’urgence des urgences est que nous reconstruisions le Corps dans l’unité et dans la vérité. Notre règle de vie nous est donnée dans la prière sacerdotale de Jésus : « Qu’ils soient Un ! » (Jn 17,22). Etre Un dans nos différences car l’unité ne signifie pas l’uniformité. Mais les diversités légitimes ne signifient pas formation de classes sociales au sein du clergé. Il n’y a pas et il ne saurait y avoir dans notre Diocèse un haut clergé et un bas clergé ! Ce qui pourrait détruire l’idéal sacerdotal en nous est l’amour de l’argent. La qualité de notre vie de foi aussi pourrait désorienter le Peuple de Dieu si elle n’est pas ce qu’elle doit être. Je prépare un Directoire pour le clergé diocésain de Cotonou qui, je l’espère, nous aidera à assainir notre vie comme prêtres et à renforcer notre ardeur dans la mission que le Christ nous a confiée. Une vie sacerdotale toute donnée à la mission contribuera énormément à l’éveil de vocations de qualité. Nous devons conduire la pastorale vocationnelle d’une manière telle, que ce soit le souci de la mission qui pousse réellement nos enfants et nos jeunes frères à frapper aux portes des séminaires. Mais tout ce vaste champ de la mission en direction de l’Eglise elle-même, qui a besoin de se convertir pour convertir les autres, ne peut être couvert sans une profonde réforme structurelle. Je voudrais commencer cette réforme par la Curie diocésaine elle-même.
Je fais accompagner cette première lettre pastorale du texte portant Restructuration de la Curie Diocésaine de Cotonou. Je demande à chaque agent pastoral de se l’approprier pour que dans nos méthodes de travail quelque chose change résolument en vue du progrès de la mission. La mise en œuvre complète de cette réforme demandera du temps et de la patience. Elle devra conduire à terme à un assainissement progressif de toutes les structures diocésaines et des paroisses. Cela prendra le temps que cela prendra. C’est l’œuvre de Dieu et j’ai la ferme conviction qu’elle aboutira si, en Eglise, nous nous donnons véritablement la main, surtout nous prêtres de Jésus-Christ et âmes consacrées qui avons voué notre vie au service de l’Eglise. Si la conversion des réalités temporelles incombe en premier à nos frères et sœurs laïcs, aux prêtres et aux consacrés revient avant tout le travail de la purification du Corps même de l’Eglise. Cette purification est nécessaire pour la crédibilité de notre Eglise.
Le cahier des charges de la Curie Diocésaine, en dehors de ce que le Droit Universel de l’Eglise lui prescrit, sera immédiatement de mettre en œuvre la Vision pastorale qui découle du Jubilé de notre Jeune Eglise du Bénin, en assumant l’héritage des deux Assemblées Spéciales pour l’Afrique du Synode des Evêques. Les priorités pastorales que j’en tire pour notre marche commune, en Eglise Diocésaine, doivent nous aider à : Développer la spiritualité de la réconciliation et la renforcer de manière permanente à tous les niveaux de notre Eglise-Famille pour donner un témoignage prophétique d’une conduite de vie en cohérence avec notre foi. Rechercher par la prière, la Justice-Justification de Dieu – pour que notre Eglise-famille construise des relations et des structures justes entre nous et dans notre société, en pardonnant et en faisant grâce par amour et par miséricorde.
Servir et édifier la Paix entre nous à travers la prière, l’éducation des consciences, la prédication et la catéchèse pour que notre Eglise-Famille contribue à sa promotion dans la société. Intensifier en Eglise-Famille notre communion à Jésus afin de vivre notre vocation baptismale et missionnaire pour animer la société par le Sel de l’Evangile et l’éclairer par la Lumière du Christ. Nourrir notre vie chrétienne par la lecture, l’étude et la méditation de la Parole de Dieu pour que notre Eglise-Famille travaille à sa diffusion de manière efficace dans la société.
Il nous reviendra, à nous tous, de transformer ces priorités en plans pastoraux, en discernant ensemble ce qui est immédiat, ce qui pourrait être fait à moyen ou à long terme. En fait, il s’agira pour nous de trouver ensemble une stratégie de mise en œuvre efficiente pour notre contexte diocésain de ces priorités qui sont en réalité des priorités pour toute l’Afrique. Comme le visionnaire de Patmos y invitait les sept Eglises, je vous convie à écouter ce que l’Esprit dit à notre Eglise. Mais j’entends déjà fortement pour ma part : « Convertis-toi et crois à la Bonne Nouvelle ! ».
L’urgence de la mission commande pour nous l’urgence de la conversion. Car le monde nous regarde, notre société béninoise nous regarde. Cette dernière attend beaucoup de nous. C’est en étant en constant procès de conversion intérieure, que nous pourrons répondre efficacement sur les principaux fronts où elle semble le plus nous attendre : le front politique, le front de la communication et le front des épreuves de la vie.
Dans quelques mois, nous irons aux élections. Et déjà la tension politique est à son paroxysme. Comme j’y invitais tous les hommes politiques qui avaient honoré de leur présence la cérémonie de ma prise de possession canonique du Diocèse, nous devons résolument nous mettre à l’écoute des fils et filles de ce pays qui n’aspirent qu’à la paix. Cette paix, qui est un don de Dieu, doit être cultivée par l’engagement sincère des uns et des autres afin que l’intérêt national ne soit pas sacrifié à l’autel des intérêts égoïstes et partisans. Mais le fond du malaise est l’état moral de notre pays où la corruption est érigée en règle de gestion. L’Eglise doit donner à ce niveau un témoignage crédible par la manière dont elle-même gère ses ressources qui ont pour destination première la mission et les pauvres de Yahvé.
La tourmente médiatique dans laquelle l’Eglise a été prise à la fin de l’année sacerdotale et qui continue de faire des vagues jusqu’à ce jour montre que l’un des premiers aréopages modernes, où l’Eglise doit être présente, sont les médias. Si déjà à notre petit niveau diocésain nous voyons tout le déficit de la communication, à plus forte raison au plan national et international. Un renforcement de nos structures de communication mais surtout une formation des prêtres au langage médiatique s’avèrent indispensables si nous ne voulons pas courir le risque de devoir rattraper constamment les fausses images de l’Eglise qui sont souvent distillées dans les médias.
Le dernier front est que le peuple auquel notre message de la foi est destiné est pris souvent dans des épreuves de vie où il ne semble pas trouver du côté de l’Eglise un langage approprié à sa situation. Désemparé, il se tourne souvent vers les pratiques traditionnelles ou il se laisse prendre au piège des nombreux marchands d’illusion qui lui proposent leurs recettes miracles. Dans le prolongement du Synode diocésain de 1975, nous devons poursuivre la réflexion pour offrir à nos communautés chrétiennes des propositions de foi claires et des attitudes de vie tout aussi claires dans ces divers moments critiques de la vie.
Comme vous le voyez, le champ est immense et en voyant notre nombre on serait tenté de croire qu’il y aurait des ouvriers en nombre suffisants pour y travailler. Mais la réalité est que le nombre est insuffisant. Nous avons donc à prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers en grand nombre à sa moisson. Mais déjà que chacun, à son humble place, travaille à faire avancer le Règne de Dieu.
En vous confiant à la sollicitude maternelle de la Vierge Marie, je vous bénis tous et chacun !

+ Antoine GANYE
Archevêque de Cotonou

Publié le 18 novembre 2010.