S’intéresser à l’année liturgique, c’est commencer à prendre conscience de la manière dont l’Eglise habite le temps en le sanctifiant. Le mystère du salut s’est réalisé une fois pour toutes dans le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, mais il s’actualise pour nous hommes d’aujourd’hui dans les célébrations de l’Année liturgique. L’Année liturgique est donc la présence du sauveur de façon et salvifique dans le courant d’une année à travers la liturgie de l’Eglise.
Définition
Cf. Sacrosanctum Concilium N°102-111 L’Année liturgique est le déroulement dans une atmosphère esthétique, et symbolique au cours du cycle annuel des mystères du Christ depuis sa naissance jusqu’à sa passion, mort et résurrection et le prolongement de l’incarnation qu’est l’histoire de l’Eglise. L’Eglise commémore dans l’année liturgique tous les mystères du Christ en l’occurrence le mystère pascal jusqu’à son dernier avènement.
Fonction
La fonction de l’Année liturgique est de rendre présent à travers les différentes célébrations le sauveur et de communiquer aux fidèles les grâces du salut obtenu dans le Christ. L’Année liturgique ouvre et offre donc aux fidèles de ce temps et de tous les temps, de ce lieu et de tous les lieux les richesses, les mérites, les vertus et les grâces du salut réalisé par le Fils de Dieu. L’année permet ainsi au chrétien d’atteindre le but de la vie chrétienne qui est l’union et l’assimilation à Jésus glorieux. Car le contact avec les mystères du Christ dans l’Année liturgique lui donne une connaissance approfondie de Jésus-Christ à partir de sa vie terrestre et la possibilité de l’assimilation par la contemplation et l’admiration de cet homme qui venait de Dieu et qui est Dieu présent avec nous.
Structure
Constituée de jours, semaines successives formant un cycle qui se renouvelle chaque année, l’Année liturgique commence le premier dimanche de l’avent (aux vêpres solennelles) et s’achève le samedi de la trente quatrième semaine du temps ordinaire avec l’office du milieu du jour. Le centre de l’Année liturgique est le Triduum pascal autour du quel gravitent le temps de sa préparation (Carême) et celui du prolongement de la joie pascale (temps pascal). Le carême, le triduum pascal et le temps pascal forment le cycle pascal qui débute le mercredi des cendres pour s’achever le dimanche de Pentecôte. Précisément : le temps carême part du mercredi des cendres pour prendre fin au jeudi saint à midi ; le triduum pascal couvre la période du jeudi saint après les offices de midi au dimanche de pâques et le temps de pâques, du dimanche de pâques au dimanche de pentecôte. Par ordre de préséance, Après le cycle pascal, suivent le cycle festif de Noël et le temps ordinaire. Le cycle festif de Noël comprend les temps de l’Avent et de Noël. Le temps de l’Avent débute le premier dimanche de l’Avent et s’achève au 24 décembre à midi. Commence alors le temps de Noël qui se termine à la fête du Baptême du Seigneur après l’Epiphanie.
Le temps ordinaire comporte 34 dimanches et se déroule en deux moments. Le premier moment couvre la période entre le Baptême du Seigneur et le mercredi des cendres. Le second moment s’étale sur la période entre la pentecôte et le trente quatrième dimanche ordinaire, dimanche du Christ-Roi. Il est à noter qu’au cours du temps pascal et du temps ordinaire, l’Eglise célèbre des moments particuliers que sont : les rogations et les quatre temps. Les rogations et ls quatre temps sont des moments liturgiques où l’Eglise propose des exercices spirituels et ascétiques aux fidèles pour les besoins de »s hommes. Durant ces moments liturgiques l’Eglise a « coutume de prier le Seigneur pour les divers besoins des hommes en particulier les fruits de la terre et les travaux des hommes, et de lui rendre grâce publiquement » N.U.AL N°45. Les rogations se déroulent sur les 3 jours qui précèdent la fête de l’Ascension et les quatre sont prévus au début de chaque saison (Hiver – Printemps – Automne – Eté)
On parle également de Sanctoral et Temporal en référence à l’Année liturgique. Le Sanctoral désigne l’ensemble des fêtes des saints inscrits au calendrier général. Le temporal réunit les deux cycles festifs(le cycle Pascal et le cycle de Noël) et le temps ordinaire. La norme liturgique exige pendant le temporal le respect strict des célébrations au propre du temps.
Récapitulatif
Les différents cycles de l’Année liturgique
Cycle Pascal : Triduum + Temps pascal + Temps de Carême
Cycle de Noël : Temps de l’Avent + Noël
Cycle ordinaire : Après baptême du Seigneur à Carême + Pentecôte à Christ-Roi + Rogations et les quatre temps.
Structure par ordre de préséance
Triduum pascal → Temps pascal→ Temps de carême→ Temps d Noël→ Temps de l’Avent→ Temps Ordinaire→ Rogations→ Quatre temps.
Intérêts de la structure l’Année liturgique
Temporels
L’Année liturgique est une alternance de temps forts et de temps ordinaire. Elle propose des fêtes et instaure un rythme qui bannit la monotonie.
Cosmologiques
Dans l’Année liturgique nous faisons mémoire d’événements historiques mais le déroulement de l’Année s’inscrit aussi dans le mouvement des astres. Dans la fixation des dates de Pâques et de Noël, on fait attention aux astres. Noël se célèbre au solstice d’hiver lors de la nuit la plus longue où le soleil commence à poindre. Cela évoque la victoire annoncée de la lumière sur les ténèbres. Et pâques a lieu au moment du réveil de la nature après son sommeil c’est-à-dire au printemps où la nature revit. La liturgie pousse donc à faire attention au cosmos.
Théologiques
L’intérêt théologique se situe dans le mystère du Christ dont l’incarnation fait entrer l’éternité est dans le temporel. Ouvrir le temps des hommes à celui de Dieu ; relier nos existences à celle de Dieu ; nous unir à Dieu, ses mystères ; donner un sens d’éternité à nos réalités temporelles, voilà ce que la liturgie fait pour nous dans le cours de l’Année liturgique. L’homme va à la rencontre de Dieu qui vient et il se produit un échange mystérieux où l’homme reçoit de Dieu l’éternité. On sort de l’Année liturgique enthousiasmé par la rencontre avec Dieu.
Au long de l’Année liturgique, nous célébrons plusieurs fêtes du Seigneur. Certaines sont liées aux temps liturgiques (Pâques, Noël…) tandis que les autres sont célébrées à des dates fixes indépendamment des temps liturgiques (Trinite, Corpus Christi, Christ-Roi, Transfiguration…). Au cours de l’année liturgique on célèbre également les fêtes de la sainte vierge et des saints. Fêtes liées au temps
Noël – Epiphanie
Origine historique
Les fêtes de Noël et de l’Epiphanie ne sont guère célébrées avant le 4e siècle où elles sont attestées dans le calendrier de l’Eglise. La fête de la nativité n’existait pas jusqu’au 3e siècle qui resta marqué par la fête de Pâques. Rome et ses sœurs de l’occident ont commencé au 4e siècle la célébration de la naissance du Seigneur le 25 décembre. L’Eglise d’orient a commencé quant à elle la célébration d la manifestation du Seigneur le 6 Janvier. Cette différence est avant tout d’ordre cosmologique. En effet le solstice d’hiver est au 25 Décembre en occident et le 6 en orient.
Les deux fêtes de la nativité et de la manifestation sont des fêtes de substitution, des produits de l’inculturation du chrétien. En occident, le 25 Décembre chrétien venait remplacer la fête païenne du solstice d’hiver fête de la naissance du soleil invincible (sol invictus). Le 25 Décembre chrétien célèbre à la place du « sol invictus » la naissance à Bethléem de Jésus le nouveau soleil vivant, la Lumière du monde.
Selon Martimort c’est l’empereur Constantin qui dans le souci de promouvoir la paix dans son empire, a été à l’origine de la fête chrétienne de la naissance du Christ. Mais fondamentalement il faut mentionner que l’Eglise dans l’Empire avait déjà retenu des dates pour fêter la nativité. Ces dates variaient entre le 28 Mars, le 9 Avril et le 20 mai. Par suite le contenu de la fête a été substitué à la fête païenne du 25 Décembre.
En orient le solstice d’hiver advenait le 6 Janvier. L’Egypte honorait le 6 Janvier diverses divinités païennes en particulier celle de l’Aïon et celle des eaux du Nil. Les chrétiens lui ont donné un contenu compatible avec leur foi. Ils y célèbrent à la fois la naissance de Jésus et la manifestation de sa divinité (épiphanie) à l’occasion de son baptême. Il faut lire dans cette association de la naissance à l’épiphanie la volonté des chrétiens d’affirmer que Jésus est Dieu et Fils de Dieu non à partir de son Baptême où la voix s’est fait entendre, mais dès les premiers instants de son incarnation : c’est le Fils de Dieu qui s’est fait chair.
L’épiphanie née en orient s’est répandue en occident vers 325 et à changer d contenu pour commémorer la visite des marges à Bethléem et leur hommage à l’enfant de marie.
La transfiguration
La fête de la transfiguration est célébrée le 6 Août de chaque année, quarante jours avant la fête de l’exaltation de la sainte Croix. Elle commémore vraisemblablement la dédicace des basiliques du mont Tabor. Dès le 7è siècle,elle était déjà célébrée en Orient. Elle se répand en Occident au 9è siècle et se développera notamment au 11è siècle. Son apparition au calendrier romain sera l’œuvre du Pape Calixte III pour rendre grâce au Seigneur de la victoire sur les Turcs près de Belgrade le 6 Août 1456. en Orient la transfiguration est célébrée comme les grandes fêtes de l’année c’est-à-dire avec solennité. En Occident, la transfiguration est moins solennelle.
Notons que la liturgie fait déjà mention de la transfiguration le 2è dimanche de carème. Elle a pour but dans ce contexte de fortifier la foi des apôtres en vue de la passion du seigneur. Mais la fête de la transfiguration le 6 Août nous donne aussi un avant-goût de la glorieuse venue du Christ à la fin des temps.
La fête de la Croix glorieuse ou l’Exaltation de la croix
Elle se célèbre aujourd’hui le 14 septembre de chaque année. Historiquement,cette fête est née à Jérusalem au 5è siècle où déjà on célébrait les 13 Septembre l’anniversaire des basiliques de Golgotha. On note que ce 13 septembre a été choisi parce qu’il était le jour où on avait découvert la croix du Christ. Mais une fête de la découverte de la croix existait déjà à Rome et se célébrait le 3 mai. Le 14 septembre sera proposé dans l’Eglise vaticane au milieu du 8ès pour la vénération de la croix. Et pendant longtemps, une procession partait de Sainte Marie Majeure pour aller à Latran pour vénérer la croix avant la célébration de la messe. Aujourd’hui, les formulaires liturgiques célèbrent la Croix Glorieuse le 14 Septembre.
La fête du Christ-Roi de l’univers
On doit son institution au pape Pie XI en 1925. son emplacement d’origine devrait être au dernier dimanche d’octobre, dimanche précédant la solennité de tous les Saints. Le pape l’établit dans un but de pédagogie spirituelle. Elle manifeste la volonté du pape d’aller au devant du problème de l’athéisme et de la sécularisation de la société et d’affirmer la souveraine autorité du Christ sur les hommes et sur les institutions.
En 1970, la dimension cosmique et eschatologique de la royauté du Christ fut mise en lumière. La fête est alors devenue fête du Christ Roi de l’univers et est fixée au dernier dimanche de l’année liturgique, le 34è dimanche du temps ordinaire.
La fête de tous les Saints ( la Toussaint)
la naisssance de la fête des Saints remonte à la fin du IVè siècle et au début du Vè siècle. Au début de son expansion, cette fête ne concernait d’abord que les martyrs de l’Eglise locale et quelques noms célèbres. Plus tard, après l’époque des persécutions, on commença à faire mention de certains ascètes et non-martyrs. L’Eglise de ROME a hérité la fête de tousles Saints des Eglises d’Orient où elle a connu sa vraie floraison notamment dans les Eglises d’Antioche et d’Ephèse.
Sa fixation au 1er Novembre de chaque année fut une décision postérieure. Primitivement, elle se célébrait le premier Dimanche après Pentecôte. Elle fut transférée au 1er Novembre lorsque le pape Grégoire le Grand (590-604) fixa les Quatre-Temps de Printemps au cours de cette semaine-là.mais c’est le pape Grégoire IV (827-840) qui fixa définitivement la fête de tous les Saints à la date du 1er Novembre suite à un décret arrêté de concert avec l’Empereur d’occident Louis le Pieux ( 814-840). Par la célébration de la solennité de tous les Saints, l’Eglise nous invite à vivre dans l’espérance de la gloire et en communion avec les saints du ciel.
L’Assomption
L’origine de la fête de l’Assomption est obscure.les textes bibliques ne nous fournissent pas de grandes informations sur la mort de Marie, ni sur sa dormition, ni sur son Assomption. Il existe deux versions sur le lieu de sa mort. La première indique qu’elle serait morte à Jérusalem et son tombeau serait dans la vallée de Cédron. selon l’autre, Marie serait morte à Ephèse près de Saint Jean.
On lie cependant l’origine de l’Assomption à la fête de la dormition célébrée en Orient. On célébrait en effet vers la fin du Vè siècle à Jérusalem la fête de la dormition de Marie et de son entrée dans la gloire. Cette fête avait lieu dans une basilique censée contenir le tombeau de la Vierge. Ce fut l’Empereur de Constantinople Maurice(539-602) qui l’imposa à tout l’empire d’Orient. La fête est arrivée à Rome dès le VIIè siècle sous le pape Théodore (642-649), lui-même originaire de Constantinople. Vers 660, la date du 15 Août fut adoptée pour la célébration de la fête. A Rome, la fête porte d’abord le nom de Dormition de Marie puis celui de l’Assomption. On employa « la Dormition » sous le pontificat de Serge, d’origine syrienne(687-702) tandis que le terme « Assomption » est apparut vers 770.
La doctrine de l’Assomption de Marie a été confirmée par les grands théologiens du XIIIè siècle tels que Thomas d’Aquin , Bonaventure. Mais c’est surtout au pape Pie XII que nous devons la définition et la proclamation du dogme de l’Assomption de Marie. Le 1er Novembre 1950, le Pape Pie XII dans sa Constitution apostolique « Munificentissimus Deus » formule le dogme de l’Assomption en ces termes : « nous proclamons, déclarons et définissons c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.