Je m’empoisonne la vie

Notre psychisme est ainsi fait que nous risquons de dire : Oui, tout cela est bien beau, mais c’est l’idéal et ce n’est pas possible à appliquer, je n’y arriverai jamais. Alors, puisque nous avons tous en nous un petit Shadock dont la devise est : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?, nous allons donc dans cet article, avec un brin d’humour, proposer quelques moyens fort simples pour nous empoisonner la vie, nous alourdir, en rajouter, alimenter le négatif…

Nous allons nous y reconnaître tous, au moins en partie, alors autant en rire et décider clairement de ne plus avoir recours à de tels poisons !

Poisons dans ma vie

Je suis invité à lire la liste suivante en regardant bien et en vérité ce qui me concerne aujourd’hui.

- Pour me rendre malheureux à coup sûr, je vais comparer à mieux en n’oubliant jamais tout ce que les autres ont et que je n’ai pas, en regardant tout ce qui me manque, plutôt que de prendre conscience de tout ce que je pourrais ne pas avoir et que j’ai : de l’eau, de l’électricité, de la nourriture…

- Je vais m’attacher chaque jour à subir ma vie, à maugréer, à me plaindre et surtout - une fois que j’aurai constaté ce qui ne va pas - à ne rien mettre en place pour que cela change. Je choisis de me cantonner dans mon aspect de victime, soumise ou rebelle, et je m’efforce de ne pas développer mes côtés Adulte et Créateur qui pourraient me conduire à de véritables changements.

- Je veille à me repaître chaque jour, parce qu’il faut bien se tenir au courant, de tout ce qui ne va pas dans le monde, de tout ce qui est injuste, et je veille, pour ne pas être égoïste, à bien rester dans l’angoisse, les soucis et la révolte. Si je n’ai pas suffisamment de soucis au quotidien, je peux aussi, en plus des radios officielles, écouter radio-couloir que l’on appelle parfois « téléphone arabe » et qui pour le coup est bien de chez nous. Si cela ne suffit pas encore, que je n’hésite pas à approfondir tout ce qui peut m’inquiéter concernant mes proches : les accidents, la maladie et la mort…

- Quand on me fait un compliment, je cherche pourquoi l’autre m’a dit cela, ce qu’il a derrière la tête, où il veut en venir, en me rappelant bien qu’il ne faut pas que cela flatte mon orgueil, que de toute façon, cela prouve que l’autre ne me connaît pas et ne vit pas avec moi au quotidien. Je m’applique aussi à dévaloriser ce compliment en écoutant bien ce que la personne qui m’a félicité dit aux autres : si elle ne m’a pas complimenté sur mon intelligence ou sur mon physique, mais seulement sur mon bon cœur, c’est que vraiment elle me considère comme une personne peu intelligente et défavorisée par la nature…

- J’évite de prendre conscience des cadeaux quotidiens de la vie, des clins d’œil de Dieu, des signes de la présence de tous ceux qui m’aiment. Je les ignore à tout prix pour me complaire dans ma souffrance.

- Je dévalorise toutes mes capacités à résoudre les problèmes, j’exagère la difficulté des situations, je les dramatise et je me rappelle toutes les paroles négatives que j’ai entendues sur moi dans mon enfance et depuis lors.

- Je me débranche de la réalité pour ne plus avoir les pieds sur terre, je pars dans l’imaginaire et dans l’irréel et, si possible, je bloque bien ma respiration pour ne plus respirer.

- Je reste seul chez moi, sans voir personne, sans sortir, en bougeant le moins possible et en n’exprimant ni ne satisfaisant aucun de mes désirs.

Je porte un trésor

Je peux aussi me rappeler, comme l’a dit Jésus, qu’un Père digne de ce nom ne donnerait pas une pierre à son enfant qui lui demande du pain (cf. Mt 7,9). Dieu tout Amour ne peut vouloir que mon bonheur profond et ce bonheur, je ne l’atteindrai ni en m’exaltant sur des choses superficielles, ni en me refusant toute joie. Renaître, c’est retrouver petit à petit des désirs tout simples grâce à Dieu et, avec Lui, l’envie de vivre parce que j’aurai découvert que je porte un trésor à faire fructifier et que ce trésor est différent chez chacun.

Non ! Je ne veux plus de tout cela. Si je vais voir un prêtre et me confesser, c’est d’abord tout ce négatif que je vais lui présenter. Si j’ai un effort à faire, est-ce que j’ai bien écouté ce que me dit l’Esprit Saint et qui est adapté à moi et à ma psychologie ? Je serai peut-être étonné de l’entendre me dire : Et si tu sacrifiais tes fausses culpabilités, ta croyance qu’il est bien de se culpabiliser ou ton habitude de te culpabiliser après t’être culpabilisé… Quelle libération, quelle avancée si je rentre dans la vraie contrition et si j’abandonne tous ces mécanismes psychiques négatifs qui sont d’autant plus pernicieux que je refuse de les voir ou que je les justifie.

Stop ! Ça suffit !

Yves Boulvin

La vie, combat ou cadeau, EDB 2008.

Publié le 28 décembre 2009.

60. Notre diocèse