Homélie du Père Edouard ADE

A Maman Antoinette de SOUZA, le témoignage de ses fils les prêtres
Excellence et cher Père,
Chers Pères concélébrants,
Révérendes Sœurs,
Chers Frères et Sœurs,

La Paroisse Bon Pasteur vous accueille avec déférence et vous remercie d’être là ce matin pour accompagner Maman Antoinette de Souza dans sa dernière Pâque. Mes vicaires et moi, mes conseillers et toute la communauté nous associons à vous tous pour présenter nos sincères condoléances à notre Frère Arsène, aux familles de Souza, Fagla Chadaré et à toutes leurs familles alliées. L’Eglise du Christ, qui se rassemble aujourd’hui autour de la dépouille mortelle de Maman Antoinette, ne célèbre pas la mort, mais la vie. Elle confesse sa foi en Jésus le Vivant. C’est en Lui que notre maman a reçu, le jour de son baptême, la vie nouvelle des enfants de Dieu ; c’est encore en Lui qu’elle obtiendra aujourd’hui la vie qui n’a pas de fin. Telle est notre espérance. C’est pour cela que nous osons unir sa voix à celle de l’Apôtre St Paul pour l’entendre nous dire : « Qui pourra nous séparer de l’amour de Christ ? » Dans la même foi, nous pourrons lui répondre que nous en avons la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits, ni aucune puissance… ne saurait nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. C’est pour cela que nous qui pleurons maintenant son départ pouvons nous estimer heureux parce que nous serons consolés et aurons en héritage le Royaume des Cieux. Il y a quelques mois, nous entourions ici même au Bon Pasteur Papa Tohou et puis Papa Kinkpon. En ces figures paternelles qui ont marqué le Peuple de Dieu par la qualité de leur témoignage de foi, nous avions accueilli une interpellation nouvelle pour notre vie de fils de ces pères et de Pères pour la communauté chrétienne. En face d’une société qui voudrait se construire de plus en plus sans père, et donc sans repères, nous étions appelés à incarner ces valeurs sûres et être comme des tuteurs pour une humanité nouvelle qui gémit dans les douleurs de l’enfantement, attendant la révélation des fils de Dieu. Cela requiert des prêtres que nous sommes un mode précis d’exercice de l’autorité pastorale que nous avons reçue de Dieu et que l’exemple de nos papas nous stimulait à vivre comme service et avec exemplarité. En accompagnant aujourd’hui une mère de prêtre, l’appel qui retentit à notre cœur, tout en étant radicalement le même, porte un tout autre accent : celui qui nous renvoie à ce Dieu qui nous aime avec les entrailles d’une Mère. Nous ne pouvons manquer ici de penser à la vision d’Ostie où le grand St Augustin nous livre dans ses Confessions le sens de ce que peut être dans la vie d’un prêtre l’accompagnement d’une mère. Cet accompagnement, notre frère Arsène l’a eu de Maman de Souza, non pas seulement par les conseils qu’une mère peut donner à son fils prêtre mais d’abord par le style de vie de foi qu’elle a essayé d’incarner malgré ses limites personnelles et ses péchés pour lesquels l’Eglise implore la miséricorde du Père des cieux qui ne veut retenir de nos vies que tout ce qu’il y a de grand, de beau et de saint. Ce style de foi est marqué par trois traits : la générosité, la vérité et le sacrifice.

Les petits fils qui sont ici présents peuvent témoigner combien Mémé Antoinette a été la grand-mère qui savait les gaver. Mais ses propres enfants pourront dire aussi combien elle avait en horreur le langage diplomatique. Son parler franc et sans détour ne manquait de heurter les uns ou les autres. Mais en restant fermement attachée la vérité, elle voulait demeurer disciple de ce Jésus qui n’a pas été oui et non à la fois mais le Oui éternel que le Père a prononcé sur le monde et qui nous donne de nous avancer avec pleine assurance pour dire AMEN à sa grâce. Pour maintenir une telle ligne, il a fallu à Maman Antoinette de consentir à beaucoup de sacrifice dans sa vie. Ces trois traits dominants du style de sa vie, vécus avec les limites qu’impose à nos vertus notre condition d’être pécheur, sont aujourd’hui appelés à passer par la Pâque du Seigneur. Et c’est à ce titre que l’accompagnement dont le Père Arsène a pu bénéficier pendant le pèlerinage de sa maman va désormais – et c’est cela notre prière – se porter sur un autre plan : ce plan que contemplait St Augustin et qui est celui de la Jérusalem Céleste, notre Mère. Cette Jérusalem du Ciel, nous l’avons contemplée le 1er novembre dernier. Et c’est là que Maman de Souza est attendue pour devenir pleinement mère dans l’ordre de la grâce. C’est ce que notre cœur filial lui souhaite ardemment, raison pour laquelle nous multiplions les messes de suffrage en sa faveur. Nous espérons en effet, comme disent nos frères et sœurs de ND de Montligeon, que plus tôt elle y parviendra plus abondantes seront les grâces pour nous. De ces grâces, nous pouvons déjà saisir quelques traits.
La générosité est le trait par lequel nous nous ouvrons au mystère de ce Dieu qui est Amour. L’élargissement du cœur qui inspire toute vraie charité pastorale est une grâce qui nous rapproche de Dieu et accomplit notre identité sacerdotale. Mais cette grâce ne sera pleine que si elle rapproche véritablement nos frères de Dieu. Le service de la vérité devient dès lors une plus grande expression de la charité pastorale. De Maman de Souza nous pouvons donc apprendre, au cœur d’une anthropologie marquée par l’attitude des trois chimpanzés : « je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu, je ne dirai rien », à être des prophètes de la vérité. Notre peuple en a tant besoin ! L’esprit de sacrifice, nous l’avons demandé tout au long de l’année sacerdotale, nous le demandons encore aujourd’hui, réconfortés par cette immense foule de témoins, ceux-là qui ont lavé leur vêtement dans le sang de l’Agneau. Ils sont les citoyens de la Jérusalem Céleste. Que le Seigneur accueille en leur compagnie notre Maman que nous recommandons à sa miséricorde qui, jamais, ne se lasse. Et qu’il nous donne à nous qui marchons ici bas la persévérance dans la foi et le courage du témoignage.

AMEN !

Publié le 11 novembre 2010.