Accueil > Notre diocèse > Congrégations religieuses > Sœurs de Saint Augustin > Homélie de Monseigneur à l’ouverture

La Messe d’Ouverture à Atrokpocodji, 05 février 2012 à 10h avec les textes du jour : Jb 7, 1-4.6-7 ; 1Cor 9, 16-19.22-23 ; Mc 1,29-39
Chers Frères et Sœurs en Christ,
Au nom du Diocèse de Cotonou et de la Conférence Episcopale du Bénin, je voudrais tout d’abord saluer les différentes délégations des Sœurs venues du Mali, du Sénégal, de la Guinée, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Togo et aussi du Bénin.
Révérendes Mères et chères Sœurs,
L’Eglise au Bénin est heureuse d’accueillir votre assemblée qui, cette année encore, est une célébration de la communion et l’expression d’un engagement renouvelé pour la mission du Christ confiée à son Eglise. C’est cette mission que la liturgie de la Parole de ce jour nous présente avec des accents très concrets. Jésus venait de manifester son autorité à la synagogue de Capharnaüm en délivrant par la force de sa parole le démonique qui criait que Jésus est le Saint de Dieu. Et voici qu’en sortant de la synagogue, il se rend avec Jacques et Jean dans la maison de Simon et d’André. Là, il apprend que la belle-mère de Simon est malade. Il la guérit. Le soir venu, on lui amène tous les malades et les démoniaques de la ville entière. Il guérit de nombreux malades, chassa de nombreux démons. A l’aube, il se retire dans un endroit désert pour prier. Ses disciples le retrouvent mais il demande à partir dans les autres bourgades pour continuer sa mission.
Comme Simon, André, Jacques et Jean, nous avons entendu l’appel du Seigneur à marcher à sa suite. Dans le déroulement que St Marc nous présente de la journée apostolique de Jésus, nous voyons clairement le sens qu’il veut donner à notre mission : de l’église au cœur de la famille, de la famille à la cité, de la cité à toute la région et évidemment de la région à l’univers entier.
Ce point de départ très local de la mission nous donne de comprendre la pertinence de l’initiative de nos aînés dans l’Episcopat quand, au lendemain du Concile Vatican II, ils créèrent la CERAO (Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest). D’illustres noms nous viennent ici en tête : le Cardinal Paul Zoungrana, le Cardinal Hyacinthe Thiandioum, le Cardinal Bernard Yago et le Cardinal Bernardin Gantin. C’est ce dernier qui, alors président de la CERAO, convoque ses frères évêques en 1969 autour de la nécessité de créer une Union des Supérieures Majeures des congrégations féminines fondées dans la sous-région qui soit à la fois un cadre de communion, de concertation et de promotion de la mission. Deux ans après, en janvier 1971, les premiers statuts ont été soumis aux Evêques de la CERAO puis à Rome. Les textes approuvés, l’assemblée constitutive se tint en 1973 à Ouagadougou.
Depuis lors, le Seigneur vous a donné de faire du chemin par rapport à la compréhension et au déploiement de votre mission que n’a pas rendue caduque la naissance au sein de l’espace CERAO de l’URCAO (Union Régionale des Conférences de Supérieurs Majeurs en Afrique de l’Ouest) qui regroupe tous les instituts de vie consacrée qu’ils soient masculins ou féminins, locaux ou missionnaires. La jeunesse de la plupart de vos congrégations leur fait rencontrer des problèmes spécifiques qui ne sont plus ceux d’instituts multiséculaires ayant une histoire éprouvée et des structures très expérimentées. Si l’espace URCAO est un espace de grand partage pour vous, l’espace « Anima Una » reste privilégié pour vous comme l’est par exemple l’Union des clergés diocésains pour nos jeunes Eglises confrontées à des défis spécifiques que le seul cadre du presbyterium ne permet de résoudre. C’est sur l’une de ces questions propres que votre 18ème assemblée générale qui se réunit à partir de ce jour, à St Jean Eudes, dans le Diocèse de Cotonou, va se pencher. Pour nos jeunes instituts africains, surtout féminins, la question de la gestion des biens et des personnes est cruciale. Beaucoup des difficultés que rencontrent nos instituts viennent de la mauvaise gestion des personnes et aussi des biens dont nos communautés ont besoin pour la mission. J’ai vu que vous avez mis en sous-titre : le leadership. Je sais que les sciences humaines peuvent beaucoup nous apporter dans notre pastorale comme dans la conduite de nos communautés mais elles ne peuvent tout faire. C’est d’abord la charité chrétienne vraie qu’il nous faudra réveiller dans nos communautés. L’attention délicate aux personnes est ce qui a été au cœur de la mission du Seigneur. Nous l’avons vu chez Simon et André. Il s’est préoccupé de la fièvre de la belle-mère de Simon. Il va s’occuper de la souffrance de tous ceux qu’on lui amènera.
Dans nos ministères, nous rencontrons souvent la souffrance des autres. Pour beaucoup, à l’exemple de Job dont nous parle la 1ère lecture, « la vie de l’homme sur terre est une corvée ». Nous savons bien nous occuper de ces souffrances. Mais au sein de nos communautés, rendons-nous attentifs à la souffrance intérieure de nos sœurs et de nos frères qui pourtant vivent tout près de nous ? Et pourtant, c’est cette attention qui vérifiera la qualité de notre engagement apostolique au service des pauvres et des blessés de la vie.
L’attention fraternelle en communauté que commande la perfection évangélique devra même nous conduire, nous les supérieur(e)s à un dialogue fraternel ouvert avec nos frères et sœurs dans les obédiences que nous leur confions au nom de l’Eglise. Il ne s’agit pas de négocier autour de la mission – le Christ n’a pas négocié avec son Père – mais de nous enquérir des dispositions intérieures de ceux et de celles dont nous avons la charge afin qu’ils accueillent de bons cœur leur mission et la vivent avec zèle apostolique. Il s’agit de leur donner la chance d’assumer tellement bien leur mission qu’ils (elles) s’écrient comme St Paul : « Malheur à moi si je n’annonce l’Evangile ». Pour qu’ils (elles) puissent se faire tout à tous « afin d’en gagner le plus grand nombre possible » il faut qu’ils (elles) n’accueillent pas la mission comme une punition.
Quand le problème de la gestion des personnes est réglé, la gestion des biens va de soi. Elle devient plus transparente et laisse moins de place au soupçon et à la méfiance, ainsi qu’aux malversations.
L’invitation que j’adresse à toutes nos communautés est qu’elles s’efforcent de coller toujours davantage aux exigences de la vie consacrée. Comme l’Eglise nous le rappelle dans cet important document qui nous sert de guide pour notre collaboration avec vous, Mutuae relationes, au n° 10 : « L’état religieux consiste dans la suite du Christ, par la profession publique des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, avec l’engagement d’écarter tous les obstacles susceptibles de s’opposer à la ferveur de la charité et à la perfection du culte divin. Le Religieux, en effet, « se livre totalement à Dieu, aimé par-dessus tout, pour être ordonné au service du Seigneur et à son honneur, à titre nouveau et particulier » ; cette donation « l’unit à l’Eglise et à son mystère de manière spéciale », le poussant à agir avec un dévouement total pour le bien de tout le corps (cf. LG, 44). »
Si nous poursuivons le bien de tout le Corps ecclésial, nous ne nous lasserons jamais de trouver les voies et moyens pour une meilleure gestion des personnes et des biens en vue de la mission.
Au cours de cette Eucharistie, nous prions le Christ, doux et miséricordieux, d’insuffler à vos communautés une dynamique nouvelle. Que son Esprit-Saint vous assiste afin que vos travaux de ces jours portent beaucoup de fruits pour votre mission au service du Christ et de son Eglise.
+ Antoine GANYE
Archevêque de Cotonou