Messe chrismale, Avril 2011

Homélie de Monseigneur Antoine GANYE

Le Seigneur nous donne encore l’occasion aujourd’hui de bénir les huiles saintes ; les huiles qui génèrent la vie, en particulier la vie spirituelle, dans l’Eglise.
L’huile des catéchumènes aidera ceux qui manifestent le désir d’entrer dans la vie de Dieu, à lutter efficacement contre les assauts du démon cherchant à les décourager. Ils auront le regard fermement fixé sur un seul but à savoir, la vie, le salut apporté par le Christ. Cette huile leur procurera la force nécessaire pour participer à la mort et à la résurrection du Christ. La lutte contre l’esprit malin préparera efficacement les catéchumènes pour le grand jour de leur baptême : leur immersion dans la mort et la résurrection du Christ, par le sacrement du baptême, les poussera chaque jour, à libérer leur cœur du poids des choses matérielles, du lien égoïste avec la terre, qui les appauvrit et les empêche d’être disponibles et accueillants à Dieu et au prochain. Les catéchumènes embrasseront ainsi la croix du Christ qui manifeste la puissance salvifique de Dieu qui se donne pour relever l’homme et le conduire au salut. La rencontre des catéchumènes avec le Christ, favorisée par le baptême, est un acte qui donne la foi. La foi est cette disposition à accueillir du Christ, la grâce de le connaître comme Dieu et Fils de Dieu. La foi, grâce à l’action de l’Esprit Saint, nous attache à la personne du Christ, et par un acte de volonté accueillante, nous donne de saisir le mystère du Fils de Dieu. Le signe qu’imprime sur l’âme de tout disciple la rencontre avec le Christ, c’est donc la foi. Le baptême transmet donc au baptisé la vie divine et l’appelle à une conversion sincère, mûre et soutenue par la grâce.
L’huile des malades, quant à elle, sera d’un grand secours pour les malades. Elle leur apportera la guérison du corps et celle de l’âme. A la fin, elle préparera le malade à la grande rencontre avec Dieu. Elle permettra en effet au malade bien préparé d’accueillir la grâce que Dieu nous donne au moment de notre baptême à savoir la grâce de la rémission des péchés, afin qu’il soit illuminé et guidé selon la volonté de Dieu et les exigences du baptême. Cette huile donne force et courage à la personne malade pour saisir et contempler le mystère de la croix au cœur même des souffrances qu’elle endure. Avec le sacrement de pénitence, l’huile des malades fait revivre toutes les richesses de notre baptême dans la participation à la mort et à la résurrection du Christ. Une profonde conversion ou reconversion s’opère dans notre vie, nous transforme par l’action de l’Esprit Saint. Nous exhortons les chrétiens qui entourent les malades de tout faire pour que ces derniers obtiennent la grâce de l’onction des malades. Nous ne devons pas avoir peur de ce sacrement qui peut redonner à nos malades la santé du corps selon la volonté de Dieu. Avant et après le sacrement, les chrétiens ont le devoir d’entourer le malade de leurs prières et supplication vers Dieu. Il est absolument interdit de laisser le malade s’adonner au découragement, mais il importe de le soutenir et de le ramener sans cesse à reprendre confiance dans le Seigneur et à se convaincre de la primauté de Dieu par la lecture des textes biens choisis des écritures saintes. Ceux qui ont des malades à leur charge ont l’impérieux devoir d’avertir les Prêtres de leur paroisse pour assurer à ces malades la réception au moins hebdomadaire de l’Eucharistie sans oublier bien sûr l’onction des malades qui doit être accompagnée du sacrement de pénitence qui fait revivre à ces malades, leur rencontre avec le Christ, rencontre déjà vécue dans et par le baptême . Les prêtres à leur tour feront diligence pour secourir spirituellement et avec grande dévotion les malades qui sont sur leur territoire paroissial. Pour ce qui concerne le Saint Chrême, il est l’huile principale, la mère des autres huiles. Le Saint Chrême est utilisé dans la liturgie du baptême pour marquer le baptisé d’un seau indélébile et faire de lui un fils de Dieu. Cette l’huile symbolise l’Esprit Saint seul capable de nous configurer au Christ en nous transformant et en nous transfigurant. Le Saint Chrême donne la vie de Dieu et la capacité d’être chrétien. L’homme créé à l’image d’Adam, est recréé par l’eau et le Saint Chrême à l’image du Christ : corruptible, il devient incorruptible ; mortel, il devient immortel ; charnel, il devient spirituel. Le mouvement de transformation, de passage d’un état à un autre n’est possible que grâce à l’Esprit de Dieu qui en est l’Agent. La présence du Saint Chrême nous l’affirme, et nous le confirme.
Le Saint Chrême est employé aussi dans la liturgie de la confirmation. C’est le lieu où l’Esprit-Saint, par l’entremise du Saint Chrême, fait du baptisé une personne adulte dans l’Eglise capable de prendre sa place et sa part de responsabilités. Il n’est pas fait adulte pour la forme ; il est fait adulte pour annoncer lui aussi le salut du Christ, la vie de Dieu, l’alliance nouvelle, le Christ, Chemin, Vérité et Vie. Il est désormais celui qui propose à ses frères et sœurs, la foi de Jésus-Christ, la foi comme ferment qui transforme l’homme et la société, la foi qui apporte sa contribution à l’avancement de l’Eglise. Le baptisé devient proclamateur de l’évangile du Christ avec la force, le courage, la piété et l’endurance que lui confère l’Esprit-Saint. Le Saint Chrême est utilisé aussi dans la consécration des Eglises et des Autels, lieux par excellence du sacrifice eucharistique. Le Saint Chrême trouve son milieu privilégié dans la liturgie de l’ordination sacerdotale et dans celle de l’ordination épiscopale où l’évêque est investi de la plénitude du sacerdoce.
L’onction sacerdotale faite avec le Saint Chrême après la prière consécratoir e donne un caractère indélébile à l’élu de Dieu qui vient d’être ordonné Prêtre. Le Saint Chrême confère également au Prêtre le caractère du sacerdoce de Melchisédek. Du sacerdoce commun des fidèles, le baptisé ordonné prêtre passe au sacerdoce ministériel : « Tu es Prêtre pour l’éternité à la manière de Melchisédek. » La puissance de la vie indestructible du Christ révèle toute la valeur divine du sacerdoce ministériel. Il y a au cœur de cette valeur une espérance meilleure par laquelle nous nous approchons de Dieu. Le Tout-Puissant a prononcé le serment qui donne un caractère d’éternité au sacerdoce : « Le Seigneur l’a juré et il ne reviendra pas sur cela : « Tu es Prêtre pour l’éternité ». Le Saint Chrême est une onction de vie et de zèle apostolique. Il manifeste la présence de l’Esprit-Saint, Esprit d’amour et de force. Ceux qui reçoivent cette onction doivent chercher à se conformer à ses exigences dans leurs fonctions sacerdotales. Le prêtre s’efforcera d’être zélé comme le prophète Eli : « Le zèle de ta maison me dévore. » « Le sacerdoce est essentiellement un don de soi, une oblation, une offrande totale de sa vie à Dieu et à l’Eglise. Il n’y a qu’un seul et véritable sacerdoce : celui du Christ Jésus. Toute sa vie est essentiellement offrande et don de soi. Le sacerdoce ministériel est le don fait par le Christ à certains de ses disciples pour qu’ils se consacrent entièrement au service de son Eglise en participant à sa triple fonction à savoir : le gouvernement, l’enseignement et la sanctification des fidèles. Le sacerdoce ministériel est en effet un don spécial qui confère au prêtre un pouvoir sacré , un caractère ontologique à savoir : une transformation de son être qui le configure à la personne du Christ, Prêtre par excellence et qui le fait agir en son nom au milieu du peuple de Dieu. Tous les membres du sacerdoce commun des fidèles attendent des ministres sacrés de l’Eglise les sacrements, la Parole de Dieu et tous les biens spirituels indispensables ». Le Prêtre qui, en conséquence a reçu le Saint Chrême, doit le démontrer par son zèle, son désintéressement, son abnégation et par son abandon total à Dieu, à son Eglise et à son ministère porteur du salut du Christ à tous les peuples.
A tous les Prêtres ici réunis et à tous ceux qui n’ont pas pu venir, je souhaite par anticipation une bonne fête du sacerdoce, un sacerdoce à l’image du Christ, un sacerdoce-sacrifice, un sacerdoce désintéressé, un sacerdoce zélé, un sacerdoce de sainteté, un sacerdoce dépouillé de toute envie de posséder, de thésauriser.
Aux religieux et religieuses, je dirai de suivre de plus près le Christ Pauvre et de développer en eux l’esprit de pauvreté.
J’exhorte tous les fidèles chrétiens à travailler à l’enracinement de la foi du Christ dans leur cœur, dans notre société et dans nos cultures.
A tous et à chacun bonne fête de Pâques dans une prière réciproque.

+ Mgr Antoine GANYE
Archevêque de Cotonou

Publié le 21 avril 2011.