Accueil > 10. Actualités > 20. Église du Bénin > Pèlerinage marial national. Dassa 2009 > Homélie de Mgr Yves RIOCREUX, évêque de Pontoise à la messe de clôture du pèlerinage.

E Ni Kpa Mahu !
E Ni Kpa Maria !
Oui, Loué soit Jésus Christ et Loué soit Marie !
Monsieur le Président de la République,
Messieurs les Ministres, Éminentes personnalités,
Excellences, Évêques du Bénin, frères dans l’épiscopat, et vous particulièrement
Mgr Antoine GANYE, évêque de ce lieu et président de la Conférence Épiscopale du Bénin, qui m’avait convié à présider ce pèlerinage marial,
Chers amis prêtres et religieux ,
Et vous toutes religieuses de nombreuses congrégations anciennes et nouvelles,
Frères et sœurs dans le Christ,
Oui, E Ni Kpa Mahu E Ni Kpa Maria,
Comme l’avait dit Monseigneur Bernardin Gantin il y a près de 50 ans lors de son intronisation en la Cathédrale Notre Dame de Cotonou. C’était précisément le 17 Mars 1960 et les Anciens peuvent se souvenir. Et il ajoutait : « Les signes du Seigneur sont fidèles et bouleversants ».
Quel beau signe qu’un évêque de France, ami du Bénin, viennent ainsi présider ce 55ème pèlerinage en union avec les nombreux amis qui m’ont chargé de vous saluer.
L’Evangile que nous venons d’entendre nous présente « Marie qui se mit en route rapidement » pour se rendre en Judée, dans un village appelé suivant la tradition Aïn Karem.
Et nous aussi, chrétiens venus de nombreuses régions du Bénin et de nombreux pays, nous nous sommes mis en route pour nous rassembler en ce sanctuaire marial historique de Dassa Zoumé. Oui, nous sommes venus de partout : du Bénin, du Togo, du Burkina Fasso, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Nigéria, du Ghana – and I am very happy to greet all the English speaking pilgrims-, et même de France, particulièrement pèlerins du diocèse de Pontoise.
Et comme Marie et Élisabeth, nous tressaillons de joie et faisons monter vers le Seigneur un immense Magnificat. Oui, nous tressaillons d’allégresse pour l’Evangélisation ici dans l’ancien Dahomey par les Pères des Missions Africaines de Lyon. Ces valeureux pionniers arrivés il y a près de 150 ans et tous ceux qui les ont suivi se sont laissés conduire par l’Esprit afin d’apporter à tous l’Evangile de la Vie, l’Evangile de paix, de justice et de réconciliation.
Et voici les fruits de cette annonce de l’Evangile, vous tous, frères et sœurs de tous âges, de toutes langues, vous jeunes prêtres ordonnés récemment, notamment ceux ordonnés samedi dernier à Porto Novo, vous tous, accourus de toutes parts pour célébrer le Christ ressuscité, pour bénir le Seigneur en l’honneur de la Vierge Marie, Etoile de l’Evangélisation.
« Marie, Etoile de l’Evangélisation » voilà une expression belle, à la fois nouvelle et ancienne. Cette appellation a été utilisée solennellement à la fin du pontificat du pape Paul VI. Le 8 Décembre 1975, ce grand pape a publié un document important sur l’Evangélisation.
A la suite du synode sur l’Evangélisation, voici donc cette exhortation apostolique et sa conclusion : « Au matin de la Pentecôte, la Très Sainte Vierge Marie a présidé dans la prière au début de l’évangélisation sous l’action de l’Esprit Saint : qu’elle soit l’Etoile de l’évangélisation toujours renouvelée que l’Eglise doit promouvoir et accomplir en ces temps à la fois difficiles et plein d’espoir ». (Evangelii Nuntiandi 82)
Un an à peine après cette exhortation « Evangelii Nuntiandi », Paul VI nommait son dernier Consistoire de 5 cardinaux, parmi lesquels l’actuel pape, le cardinal Ratzinger et notre cher et vénéré cardinal Bernardin Gantin.
Permettez à celui qui a connu et admiré le cardinal, qui a eu l’immense privilège de le rencontrer souvent, à Rome et ici même au Bénin et même dans les cinq continents, à celui qui, par grâce s’est trouvé près de lui au moment de ses derniers instants à l’hôpital Georges Pompidou à Paris, oui permettez moi de donner le témoignage sur cet homme d’exception à qui l’Eglise et le Bénin doivent tant.
Bernardin Gantin, fils de ce pays, devenu séminariste, puis prêtre, n’avait qu’un seul souci, celui de servir. Et il a servi en homme de Dieu, en homme de prière et en homme de paix et de réconciliation. Oui, il a servi en aimant la multitude des hommes et femmes qui venaient vers lui, en aimant son pays, en aimant l’Eglise, en aimant la Vierge Marie, lui qui est mort en la fête de Notre Dame de Fatima le 13 mai 2008. Suivant sa devise « In tuo Sancto servicio », il a servi à Cotonou, à Rome pendant plus de 30 ans et dans le monde entier puisqu’il a sillonné le monde.
Oui, le cardinal Gantin a servi et aura marqué durant ces 50 dernières années le Bénin, l’Afrique et toute l’Eglise en oeuvrant « avec une dignité parfaite sans ostentation aucune » comme l’a dit très justement son ami l’académicien Maurice Druon.
Pour ma part, en relisant la multitude d’articles, d’homélies, de méditations qu’il a écrits, j’ai été impressionné par cette montagne de documents mis désormais à notre disposition et dignes d’études, notamment de thèses de doctorat en théologie. Parmi les réflexions, j’en garderai une seule, la conférence magistrale prononcée à Rome en octobre 2003 à la demande du doyen du collège des cardinaux, le Cardinal Ratzinger. Lui, alors doyen émérite, venu spécialement de Cotonou où il prenait sa retraite, était le mieux à même de parler de la vie de l’Eglise pour les 25 ans de pontificat de Jean Paul II dans une conférence sur « le Ministère de Pierre et la Communion dans l’Episcopat ». Et le cardinal Gantin donna une leçon à la fois magistrale et remplie de son humilité en faisant une lecture de l’Eglise durant le 20ème siècle. Là, il parlait des papes, de Pie XI le pape missionnaire, de la noblesse et de l’intelligence de Pie XII, de la bonté rayonnante de Jean XXIII, de la délicatesse de Paul VI, de la simplicité de Jean Paul Ier et de « l’homme impressionnant et fascinant, Jean Paul II », suivant la réflexion spontanée d’un vieux chef traditionnel du Bénin.
Et le cardinal Gantin parlait alors des milliers de souvenirs qu’il pourrait évoquer et gravés dans son cœur. Et il évoquait alors Marie à propos de l’attentat du 13 Mai 1981 : « Notre Dame de Fatima, disait-il, ainsi que celle de tous les sanctuaires du monde se montra tutélaire et maternelle pour sa protection du pape pour la joie de tous ».
Marie, Notre Dame. Nous pensons bien sûr, à Notre Dame de Lourdes où le cardinal vint en 1981 pour le Congrès Eucharistique International comme légat spécial de Jean Paul II hospitalisé après l’attentat. Je pense pour ma part bien sûr aussi à Notre Dame de Paris, ainsi qu’à Notre Dame de Pontoise, sanctuaire ancien puisque Saint Louis, au 13ème siècle, aimait à venir prier dans ce lieu marial.
Marie. Saint Bernard, le grand chantre de la Vierge, aimait à dire « que nous n’avons jamais fini de parler de Marie ». Or, partout où l’Eglise catholique est présente, de Nazareth à Rome, de la Pologne à la Côte d’Ivoire, des sanctuaires lui sont dédiés pour la joie des fidèles et la prière de tous, particulièrement lors des fêtes mariales.
Et c’est ainsi qu’est née ce sanctuaire marial de Dassa Zoumé, il y a plus d’un demi siècle sur l’initiative de Mgr Parisot et sous l’impulsion active de Mgr Gantin, archevêque de Cotonou.
Marie. Elle est présente auprès de Jésus, elle la Mère. Et elle est présente dans toute la vie de l’Eglise, depuis la Pentecôte, comme nous pouvons le lire dans les Actes des Apôtres et jusqu’à notre époque contemporaine avec les dogmes sur Marie Mère de Dieu, proclamée ainsi au Concile d’Ephèse au 4ème siècle. Marie Immaculée Conception, suivant le dogme de 1854 et les apparitions à Lourdes en 1858. Ave Maria. Je te salue Marie. Ce sont les paroles de l’Evangile à l’Annonciation. Ce sont aussi les paroles à la Visitation comme nous venons de l’entendre à l’instant : « Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de tes entrailles est béni ».
Oui, tu es bénie Marie, tu es vraiment l’Etoile de l’Evangélisation, de cette Evangélisation dont je souhaite vous parler maintenant.
Saint Augustin, ce grand évêque africain du 4ème et 5ème siècle a dit à propos de la Parole de Dieu annoncée par les apôtres : « En prêchant la parole de vérité, ils firent naître des Eglises ». Et ce sont ces Eglises particulières qui sont nées dans les régions proches de la Terre Sainte, déjà en Afrique et notamment en Egypte, en Europe et dans les cinq continents. Et c’est ainsi qu’au 19ème et au 20ème siècles, la Parole a été annoncée ici même à vos ancêtres par des missionnaires venus de notre pays. En cela, ils accomplissaient leur devoir, car, comme le dit le Concile Vatican II : « L’Eglise tout entière est missionnaire ; l’œuvre d’Evangélisation est un devoir fondamental du Peuple de Dieu ». (Ad gentes 35)
Et cette œuvre se prolonge aujourd’hui puisque cette Parole est annoncée aujourd’hui par tant de moyens, traditionnels ou modernes, et je pense notamment aux média puisqu’en ce moment même, grâce à la radio et à la télévision, vous pouvez entendre la Parole de Dieu et vous unir vous tous à la fois loin et proches à cette célébration. Mais il ne suffit pas d’entendre la Parole de Dieu, l’Evangile, il faut en vivre.
Dans l’exhortation apostolique sur l’Evangélisation, il y a une magnifique phrase du pape Paul VI : « Le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, écrit-il, livrée à Dieu et donnée au prochain sans limite est le premier moyen d’évangélisation. Car l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (Evangelii Nuntiandi 41). Ce disant, le Saint Père rejoint l’Evangile avec l’envoi de Jésus au jour de l’Ascension : « Vous serez mes témoins ». Et ce mot témoin est fort, car il est équivalent à martyr, c’est-à-dire celui qui donne sa vie. Et il suffit de penser à cette longue litanie des saints depuis les apôtres jusqu’aux saints contemporains, tel Jeanne Jugan, fondatrice des petites sœurs des pauvres en France et le Père Damien de Molokaï, apôtre des lépreux à Hawaï, ces deux bienheureux qui seront proclamés saints par Benoit XVI le 11 Octobre prochain à Rome.
Quelle immense couronne de saints, de témoins qui contemple Dieu avec cette étoile qui scintille dans le Ciel, Marie.
Chers amis, vous tous qui écoutez et participez à ce pèlerinage, pensez à tous les témoins que vous avez rencontrés sur votre route. Des témoins de l’amour de Dieu, de la compassion de Dieu, des témoins de la Vérité du Christ. Et je pense ici aux multiples actions caritatives et éducatives que l’Eglise catholique a suscitées ici en Afrique comme partout dans le monde. Et je pense ici à ces deux grands témoins qu’ont été Jean Paul II et Mère Térésa, qui, comme le cardinal Gantin, ont donné leur nom à un aéroport.
Voilà pourquoi, chers amis, en cette année consacrée par l’Eglise catholique à l’Afrique par la visite du Saint Père au Cameroun et en Angola ainsi que par le synode des évêques sur l’Afrique dans quelques semaines, il est bon d’entendre la Parole forte pour votre « continent de l’espérance », suivant la formule de Benoît XVI. Cette parole s’adresse à tous et elle est extraite du précédent synode pour l’Afrique qui s’est déroulée en 1994.
L’entrée dans le royaume de Dieu demande une transformation de mentalité – en grec une métanoïa- et une transformation de comportement et une vie de témoignage en paroles et en actes, nourrie au sein de l’Eglise, particulièrement par l’Eucharistie, le sacrement du salut ». (Ecclesia in Africa 87)
Et la voici cette Eucharistie, celle de cette messe solennelle, magnifique me faisant penser à une autre grande messe, celle du 19 Mars dernier à Yaoundé pour la Saint Joseph avec Benoit XVI. Avec Mgr Antoine Ganyé et Mgr René Marie Ehuzu, nous avions eu la joie de concélébrer cette messe papale. Dans un vibrant appel, le pape s’est adressé à tous, aux familles, aux jeunes, aux enfants et en laissant jaillir de son cœur son action de grâces : « Bénissons le Christ de s’être fait aussi proche de nous ». Et il ajoutait en évoquant votre compatriote, notre ami : « Constatant le développement de la violence et l’émergence de l’égoïsme en Afrique, le cardinal Bernardin Gantin, de vénérée mémoire, appelait à une théologie de la Fraternité comme réponse aux appels pressants des pauvres et des plus petits » (Benoit XVI au Cameroun).
Oui, découvrons une fois de plus, dans la grande Eglise-famille que nous sommes frères dans le Christ, et Marie, Etoile de l’Evangélisation est là : « Sainte Marie, Mère de Dieu, Protectrice de l’Afrique, tu as donné au monde la vraie lumière, Jésus Christ. Par ton obéissance au Père, tu nous as donné la source de notre réconciliation et de notre justice, Jésus Christ notre paix et notre joie.
Mère de Tendresse, montre nous Jésus, ton Fils et Fils de Dieu, soutiens notre chemin de conversion
Reine de la Paix, prie pour nous. Notre Dame d’Afrique, prie pour nous. » (Prière à Marie du Synode 2009)
Oui, Notre Dame de Dassa Zoumé, prie pour nous !
E Ni kpa Mahu !
E Ni Kpa Maria !
+ Jean Yves Riocreux,
Evêque de Pontoise,
Dassa Zoumé, 23 Août 2009