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Cérémonie de profession de vœux présidée par son Excellence Mgr Fidèle AGBATCHI en présence de la supérieure des SSA, Mère Marie-Victoria DAGBA
Homélie de Monseigneur Fidèle AGBATCHI, Archevêque de Parakou à l’occasion de la profession des vœux perpétuels des Sœurs de Saint Augustin
Frères et sœurs, Aujourd’hui Jeudi, un jour ordinaire de la semaine, et pourtant un jour pas comme les autres, en vertu de l’importance qu’il revêt aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes. Aux yeux de Dieu : Dieu, dans son mystère insondable, se présente à nous aujourd’hui, à travers son Verbe Incarné, Jésus de Nazareth, comme l’Epoux de son Eglise et, dans sa liberté souveraine, engage solennellement cinq de nos jeunes filles ici présentes dans ses célestes épousailles. Quoi ! Un Dieu, épouser des filles d’hommes ! Oui : Ainsi est-il, et cela non pas dans l’ordre de la mythologie, mais dans la réalité, en sorte que la fête de ce jour est une fête au ciel. Fête au ciel, elle est aussi fête sur la terre, car ce jour est grand aux yeux des hommes. Aux yeux des hommes. Les hommes en question, c’est bien nous tous ici rassemblés, amis, proches, parents des élues, que je salue affectueusement et félicite chaleureusement. Les hommes en question, ce sont aussi les femmes qui, sous le titre de religieuses, sont membres de l’Institut des Sœurs de Saint Augustin. C’st avec elles que je suis venu de loin pour me réjouir et rendre grâce de cette bénédiction du Seigneur impartie sur leur Institut. Les hommes en question, ce sont enfin les cinq femmes qui, aux mystérieuses et mystiques avances du Seigneur, répondent par le Oui définitif propre à faire d’elles des épouses du Christ. Il convient que nous leur adressions les salutations coutumières aux nouvelles mariées, en n’oubliant pas de les féliciter pour avoir choisi le meilleur et le plus bel Epoux du monde, Christ, Seigneur de gloire et de tendresse. Appelons-les aussi les élues du jour tout simplement parce qu’elles sont choisies du Seigneur, en tant que fraîches épouses, pour nous véhiculer la grâce de ce jour. Et une des grâces en question, c’est qu’elles provoquent cette Eucharistie pour notre communion avec Dieu, et nous font entendre les lectures qu’elles ont elles-mêmes choisies. De la première lecture tirée du livre des Proverbes, je relève pour nous cinq points que le sage porte à notre attention à à notre méditation : Sagesse, Intelligence, Connaissance de Dieu, Chemin d’équité, Pistes de bonheur. Ces cinq points constituent pour nous un défi. La question est de savoir qui trouvera ces cinq éléments, je veux dire, la Sagesse, l’Intelligence, la Connaissance de Dieu, les Chemins d’équité et les Pistes de bonheur. Voyez-vous que ces points sont d’autant plus intéressants qu’ils constituent l’essentiel de la quête de l’homme sur la terre ? Pour ne pas vous torturer dans une longue recherche, je déclare sans ambages que ces nouvelles épouses du Christ ont de sérieuses solutions à nous proposer. Vous vous étonnez sûrement et vous êtes prêts à leur poser des questions : Sœur Isabelle, où avez-vous trouvé la Sagesse ? Sœur Rose Emmanuelle, où avez-vous trouvé l’intelligence ? Sœur Hermine, où avez-vous intercepté la Connaissance de Dieu ? Sœur Sabine, où avez-vous Sabine Espérance, qui vous a montré les Chemins de l’équité et Sœur Odette Claudia, qui vous a révélé les Pistes du bonheur ? Répondez-nous mes sœurs, et dites-nous si, pour trouver ces réponses, vous vous êtes adressées à un être céleste, à une force terrestre ou à une puissance sous-marine. N’êtes-vous d’ailleurs pas trop jeunes pour porter réponse à ces antiques quêtes de l’humanité ? Oui vous êtes jeunes, trop jeunes mêmes, mais l’ancien des jours vous a révélé un Nom, une figure, une Personne, et c’est ce Nom qui, comme réponse, se presse à la porte de votre bouche et de votre cœur, ce nom qui est la réponse de tout : Jésus-Christ. Ce nom est le Mystère caché depuis les siècles en Dieu. Cette Figure est le trésor caché dans le champ de l’univers physique et spirituel. Cette Personne, c’est la perle fine que le Père livre au monde pour le racheter. Ce Mystère vous a été révélé par le moyen de l’Eglise, et par là, vous avez compris qu’on achète Dieu q’avec le dernier sous, vous avez surtout compris que ce dernier sous consiste à tout donner et à tout donner vous-mêmes. Paul dirait que vous avez connu la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’Amour. Si donc Sœur Isabelle, vous avez rencontré la Sagesse, si, Sœur Rose Emmanuelle, vous avez trouvé l’Intelligence, si, Sœur Hermione, vous avez intercepté la Connaissance de Dieu, si, Sœur Sabine Espérance, vous avez découvert les Chemins de l’équité, et si, Sœur Odette Claudia, vous avez repéré les Pistes du Bonheur, si tout cela vous est arrivé à cause de Jésus-Christ, alors annoncez votre découverte aux oreilles des jeunes filles de Cotonou, proclamez votre trouvailles aux oreilles des jeunes filles du Bénin, criez votre ardeur aux oreilles des jeunes filles du monde entier, pour que toutes sachent que les Pistes du bonheur, les chemins de l’équité, la Connaissance de Dieu, l’Intelligence et la Sagesse s’appellent Jésus-Christ , fil de Dieu et Fils de l’homme. Mais êtes-vous des prêtres, des évêques, des missionnaires pour vous livrer à cet exercice ? De fait, mes sœurs, vous ne vous livrez pas à un exercice, mais vous êtes appelées à rendre publiquement un témoignage de vie, le témoignage de la fidélité au Christ. Je connais un homme qui, dès que sur la route il a été saisi par le Christ, s’en est allé par le monde entier annoncer la Nouvelle, escaladant des montagnes, arpentant des vallées, enjambant des fleuves, zébrant des côtes, sillonnant des mers, se faisant l’égal des pauvres, comparaissant devant des princes. Il était originaire de Tarse et son nom était Paul. C’est lui, mes filles, que vous devez imiter. Il est vrai, il n’est pas votre Saint Patron, mais avec quelle ardeur l’aura commencé St Augustin, même ignorant le grec ! Il n’est pas non plus votre fondateur, non parce qu’il est lion dans le passé, mais simplement parce qu’il n’est en rien fondateur de la vie consacrée, au sens technique du terme. Oui ! Etonnez-vous si vous ne le saviez pas, Paul n’a rien à voir avec la vie consacrée. Celle-ci, en effet, s’est imposée à partir du quatrième siècle pour proposer, après l’ère des persécutions, une façon originale de vivre le christianisme pur, sûr et dur. Paul s’en était allé depuis longtemps pour être avec son Seigneur de gloire, Jésus Ressuscité. Mais il demeure vrai que l’Apôtres des nations par ses paroles et ses actes est un véritable inspirateur de la vie de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Pauvreté. Paul, au départ, n’était pas pauvre, ni selon le monde, ni selon le Christ dont il ne voulait d’ailleurs entendre parler. Né d’une famille juive de la diaspora, de père marchand de tissu et fabricant de tentes, il n’a pas écoulées jeunes jours dans le manque et la privation. Mais la vision du Christ Ressuscité sur la route de Damas a bouleversés vie et renversées valeurs, au point que ce point ce qu’il considérait comme gain, il a commencé à le regarder comme balayure. Ses nouvelles convictions religieuses le sortent du rang des pharisiens en le rétrogradant socialement. Le rejet de la famille le jette dans la rue et le chef d’entreprise devient ouvrier manuel occasionnel soumis aux aléas de l’emploi et du chômage, perdant toute clientèle à cause de sa grande mobilité pour l’évangélisation. Pour toute richesse, il n’aura gardé que son titre de citoyen romain,titre avec lequel il géra astucieusement sa longue Passion et négocia patiemment sa mort de décapité. Endurant dans le manque matériel et financier, il n’était sensible qu’à ce qui manquait aux autres et à ce qui lui manquait par rapport à la Plénitude du Christ. Pour celui-ci, il accepta de grandes et nombreuses souffrances et même la souffrance de la mort. Il avait comme modèle Jésus qui, de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté (2Co8,8-9). Et qui dira de Paul qu’il ne s’est pas fait pauvre pour le Royaume ?
Chasteté. Il ne pourrait être que hasardeux que de présenter la chasteté de Paul en terme de comportement sexuel intègre dans la vie matrimoniale ou célibataire. Nous en connaissons si peu de chose. Mais la doctrine de Paul sur la chasteté éclate dans ses Lettres et dans l’exemple de sa vie.
Sa doctrine. Dans son enseignement, Paul envisage le chrétien ou même la communauté Eglise comme fiancé au Christ en vertu du Baptême. Voilà pourquoi il écrit aux Corinthiens : Je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ (2Co11, 2). Toute forme de fidélité au Christ pourrait donc s’exprimer en terme de chasteté, une vertu à laquelle serait appelée la totalité de l’Eglise, exactement comme l’Israël des Prophètes était déjà envisagée comme l’Epouse de Yahvé. Au fond, c’est une vie d’épousailles et de chasteté que l’homme est appelé à mener avec le Dieu de Jésus –Christ, et la vie de Paul nous donne une certaine illustration.
Sa vie. Ce que par sa vie Paul nous enseigne sur la chasteté ne se base pas sur un quelconque comportement sexuel, mais sur l’absolu que représente le Christ dans la vie de l’Apôtre. Paul respire du Christ, transpire du Christ de part en part, au point qu’il peut dire : Pour moi, vivre c’est le Christ. Sa vie avec le Christ et pour le Christ est si pleine qu’on y trouve de place pour aucune autre forme d’amour. De plus, rien que pour des raisons pratiques, la façon dont il s’est attelé à l’œuvre de l’évangélisation ne lui donnait aucune opportunité matrimoniale, et la joie qu’il trouvait en Christ n’autorisait la recherche d’aucune autre. De là nous tirons cette solennelle leçon : la chasteté ne saurait être le résultat d’un quelconque effort humain, ni même de l’effort humain aidé par la Grâce, mais la conséquence d’une vie passionnément et intimement attachée au Christ, qui ne laisse de place à aucun amour humain terrestre, sinon à ces mystérieuses épousailles avec le Christ, dans la parfaite fidélité. La grâce de Dieu en nous ne saurait réaliser à une vertu humaine parfaite et objective, en dehors de notre attachement intérieur au Christ Seigneur. En dehors de ce lien intime avec le Christ, la chasteté ne serait qu’une corvée et un pensum. Et qui dira de Saint Paul qu’il ne s’est pas fait eunuque pour le royaume ?
Obéissance. En dehors de sa rencontre avec le Christ, on ne saurait imaginer pour Paul une quelconque forme de vie d’obéissance. Tout en ayant un corps chétif (2Co : 10,10), Paul se caractérise par un caractère fort, dominant et dominateur, des convictions indéracinables tendant à entraîner les autres, une grande jalousie pour sa liberté, une fierté masculine et musclée, un amour propre dénué de complexe et de discrétion, un grand amour pour la vérité avec tendance à dire les quatre vérités, un refus catégorique de se faire marcher sur les pieds.
Là, vous n’avez pas devant vous le profil d’un homme en clin à l’obéissance et à la soumission. Mais l’accidenté de la route de Damas se laissera séduire par la contemplation de son Seigneur quoi se fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. Il comprendra par la suite qu’à l’obéissance du Christ, il devra répondre par l’obéissance de la foi en se laissant faire docilement par le mystère de l’appel et de la grâce de Dieu manifestée dans le quotidien de la vie et les exigences de la mission.
Que reste-il à Paul pour être un religieux ? Rien ! A vous non plus, mes filles, il ne manque rien pour être religieuses, et vous le confirmez aujourd’hui par votre engagement définitif. Ce qui, toutefois, peut vous rester à faire, c’es-t d’imiter Paul comme lui-même est imitateur du Christ. Alors mettez-vous à la tâche, et bon courage !
+ Mgr Fidèle AGBATCHI Archevêque de Parakou Cotonou, le 27 Août 2009