Homélie de Mgr Antoine GANYE

Calavi, le 08 septembre 2009

VŒUX PERPETUELS DES SŒURS O.C.P.S.P
L’IMITATION DE JESUS-CHRIST,
MA SEULE RAISON D’ETRE ET D’AGIR ?

A l’imitation de Jésus, ceux que Dieu appelle à sa suite sont eux aussi consacrés et envoyés dans le monde pour poursuivre sa mission. Plus les personnes consacrées se laissent configurées au Christ, plus elles le rendent présent et agissant dans leur histoire pour le salut des hommes. La consécration, l’envoi et la mission constituent trois étapes exigeant la configuration au Christ de la personne consacrée, la personne qui s’est faite sacrifice pour le Christ, elle s’est faite "holocauste", elle s’est dédiée au Christ, elle s’est faite "chose sacrée", par la promesse faite à Dieu et la bénédiction divine qu’elle en a reçue. Désormais, elle appartient à Dieu. Elle est donc mise à part.
Et vous qui êtes devant moi aujourd’hui, pourquoi voulez-vous vous engager à la suite du Christ ? Et définitivement ? Que cherchez-vous ? Pourquoi êtes-vous si heureuses ? Qu’y a-t-il de si attrayant pour vous, pour toi, jeune fille du XXIème siècle, belle, intelligente, dans un Bénin en pleine floraison ? Pourquoi vas-tu donc te consacrer à Dieu ? Ce sont là autant de questions que le monde pose et posera. Et ces interrogations peuvent se ramener à celle que Dieu adressa à Elie alors que ce dernier était dans une grotte de la montagne de Yahvé, l’Horeb : « Que fais-tu ici, Elie ? » autrement dit : que fais-tu ici, jeune fille, ce matin ? Je sais que votre réponse, votre réaction ne sera pas différente de celle d’Elie : « Je suis rempli d’un zèle jaloux pour Yahvé Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton Alliance, qu’ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l’épée. Je suis resté moi seul et ils cherchent à m’enlever la vie. » 12, 19,10.
Vous aussi, vous avez fait et vous faites l’expérience d’un monde malade, affamé de Dieu, mais un monde qui ignore les symptômes de son malaise, un monde qui a évacué Dieu de sa vie et qui le cherche sans le savoir. A ce monde vous êtes envoyées : ils n’ont peut-être jamais entendu parler du Créateur, ils sont peut-être des chrétiens fatigués qui cherchent ailleurs, qui ont déserté l’Eglise. Vous leur porterez l’Espérance du Royaume et du Salut. Le zèle pour l’instauration du Royaume de Dieu et du Salut des frères constitue ainsi la meilleure preuve d’un don authentiquement vécu par les personnes consacrées.
Vous vous tournerez vers vos frères et sœurs pour leur dire que Dieu les aime, que Jésus-Christ les aime, et qu’il leur demande de s’aimer entre eux comme lui-même les aime. Vous partez pour être le sel de la terre et la lumière du monde ; le sel donne le goût, la saveur, l’amour de Dieu, la lumière qui oriente vers le Christ, chemin, vérité et vie. Vous vous consacrez à Dieu pour porter au monde le message que Dieu lui destine. N’oubliez pas les avertissements du Christ : vous êtes dans le monde, vous n’êtes pas du monde. (Cf. Jn 15, 19 ; 17, 14).
L’envoyé en mission cherche avant tout à correspondre à l’objet de sa mission. C’est dire que vous ne serez pas distraites par le monde en y cherchant ce qui ne construit pas votre vocation. Le souci qui est désormais le vôtre est de grandir et de faire grandir l’appel de Dieu qui est en vous. C’est un signe qui signifie aux yeux du monde, le sérieux dont vous entourez votre ministère et vos personnes. C’est un signe de crédibilité. Nos contemporains ont besoin de signe pour croire. Dans la mesure où le disciple du Christ présente des signes de progrès, d’enracinement, alors le monde se laisse convaincre.
Imitez le prophète Elie, dans sa foi et sa conviction. Il a cherché à faire éclater la gloire de Dieu aux yeux de tous. C’était cela le différend qui l’opposait aux prêtres de baal. Jaloux pour la gloire de Dieu, Elie voulait que le nom du Seigneur soit le seul connu et adoré. La Toute Puissance du Seigneur venait à son secours par l’accomplissement de ses prodiges qui n’ont autre but que de manifester la magnifiscence du Dieu Très-Haut et la plénitude de la puissance de Celui qui a créé l’univers entier. Par toute sa vie, il a voulu démontrer que sa foi n’est pas vaine et que sa conviction ne repose pas sur un irréel, une chimère. Il a placé sa confiance dans le Seigneur qui n’a jamais abandonné son serviteur.
Imitez Saint Paul, l’Apôtre intrépide, qui a rencontré Jésus ressuscité sur le chemin de Damas. Jésus lui a parlé, Jésus a conquis son cœur. Avec cette rencontre de Jésus, moment fondamental et privilégié dans la vie de Saint Paul, il s’est produit en lui un renversement de perspective, ainsi s’exprimait le Saint Père Benoit XVI à Luanda lors de sa première visite en Afrique.
Désormais pour Saint Paul, toute chose s’envisage à partir de cette expérience du Ressuscité qu’il a faite. Ce qui lui paraissait essentiel, fondamental n’est que maintenant balayures ; ce qui était un gain est à présent une perte. Ce qui compte pour Saint Paul, c’est sa nouvelle vie en Christ – cf. Ph 3, 7-8 – En Saint Paul est morte une certaine existence : sa fougue contre le nom de Jésus, sa haine contre le christianisme, son amour excessif du Judaïsme, le désir d’exterminer les chrétiens.
Mes chères Sœurs, efforçons-nous, efforcez-vous de connaître le Seigneur Ressuscité. Dans la mesure où vous le connaissez, vous le communiquerez davantage avec conviction et détermination. Vous êtes missionnaires du Christ, que cette foi vous habite sans faille.
Si la foi est l’adhésion inconditionnelle à la Personne du Christ, elle peut également se manifester comme notre amitié envers le Christ. Elle est l’expression humaine de cette amitié. Le Christ, lui-même nous y a invités : « je ne vous appelle plus serviteurs, mais mes amis… » Jn 15, 15. Cette amitié vous rend pleinement disponibles entre les mains du Seigneur qui vous envoie œuvrer dans sa vigne. Le Seigneur en a pris lui-même l’initiative. Tout ce que le Christ a appris de son Père, il nous l’a fait connaître. Il vous envoie à présent à son peuple, et vous donne ainsi l’occasion de témoigner, d’être témoins de ce que vous avez reçu de lui. Vous témoignerez si vous gardez les commandements : « vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » Jn 15, 14. Vous partez pour que se manifestent et s’expriment en vous les commandements, et surtout vos engagements que vous prendrez bientôt et à nouveau vis-à-vis de Jésus-Christ.
Vous aviez pris et vous prendrez encore l’engagement d’être chastes, obéissantes et pauvres. Et ce faisant vous faites bien, et il faut y croire. La chasteté, l’esprit de pauvreté et l’esprit d’obéissance donnent à la personne humaine un équilibre qui la rend capable de s’insérer dans la société qui est la sienne, et de faire communauté avec les autres. L’esprit de chasteté, de pauvreté et d’obéissance empêche les désordres sociaux et assainit les relations humaines : la chasteté qui vous dispose à pratiquer la continence, la transparence, l’honnêteté et vous donne l’honorabilité qui vous rendra efficaces pour la mission qui est la vôtre. L’esprit d’obéissance, loin d’être une attitude de docilité servile, permet d’avoir la maitrise de sa propre volonté pour reconnaitre l’autorité et les fruits bienfaisants de la discipline. L’esprit de pauvreté, quant à lui, nous enseigne la sobriété et nous conseille de savoir faire l’économie de ce qui est mis à notre disposition et de nous contenter de ce que nous possédons.
Au cœur de cet esprit de chasteté, de pauvreté, d’obéissance, il est important de vivre l’amour recommandé par votre époux, Jésus-Christ : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés »…… L’amour est le poumon, le vecteur de toute vertu. L’amour est le ciment qui assure la cohésion et la vie des communautés. Le Christ nous a aimés parce qu’il nous a donné le salut, parce qu’il nous a donné ce que nous ne pouvons pas obtenir par nous-mêmes, la vie de l’Esprit de Dieu. Cet Esprit de Dieu, vous le portez avec vous au sein du peuple.
Désormais, vous êtes témoins du Salut et de l’Esprit de Dieu. Vous serez de vrais témoins, des témoins efficaces dans la mesure où vous êtes vraiment imitateurs de Jésus-Christ, dans la mesure où vous vous remettez entre les mains de la Vierge Marie, elle qui a su se faire instrument efficace entre les mains de Dieu. Elle a été la première à accueillir dans ses bras le Salut de Dieu en la personne de l’Enfant-Jésus. Elle a été la première à accueillir Dieu dans toute sa vie. Elle a certainement le secret permettant de le donner aux autres. Elle vous le donnera pour vous permettre ainsi d’accomplir votre mission avec efficacité. Le Seigneur demeure avec vous.

+Mgr Antoine GANYE
Evêque de Dassa-Zoumé

JPEG - 28.4 ko

Publié le 1er septembre 2009.

Actualités