HOMELIE POUR LA FETE DU BON PASTEUR

« Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis ».
Excellence et cher Père,
Au nom de toute la communauté du Bon Pasteur, je voudrais tout d’abord vous exprimer notre profonde gratitude pour avoir accepté de présider cette Eucharistie en ce mois de mai particulièrement chargé pour vous du fait des confirmations. Ce n’est pas sans quelque appréhension – comme ces fils qui en demandent trop à leur Père – que nous vous avons envoyé cette invitation alors que vous nous avez déjà honoré de votre présence le 1er mai pour la messe d’action de grâce en l’honneur du Bienheureux Pape Jean-Paul II et le 7 mai pour la confirmation de 134 de nos frères et sœurs. Mais vous avez accepté d’être avec nous. Nous vous en sommes un gré filial infini.
Distinguées Autorités politiques et administratives habitant le territoire du Bon Pasteur, la communauté chrétienne de cette paroisse vous adresse sa déférente salutation et vous remercie de votre présence.
Vénérables Sages de Cadjèhoun, recevez l’expression de notre profonde reconnaissance pour votre présence parmi nous. Vos Pères nous ont donné cette terre qui nous abrite. Ce geste de générosité envers le Créateur du Ciel et de la Terre ne sera jamais oublié.
Révérend Père Pascal ABODE, Curé de la Paroisse Bon Pasteur d’Abomey, et chers Frères et Sœurs venus d’Abomey, quelle joie pour nous de vous accueillir ce matin. Par la volonté des Pères Joseph BABATOUNDE et Théophane HOUECHENOU, avec la bénédiction de nos Pères Evêques de vénérée mémoire Daagbo (Mgr) Lucien Monsi AGBOKA et Mgr Christophe ADIMOU, nos deux paroisses sont jumelles depuis le 02 mai 1982. Et au moment où vous vous préparez à célébrer vos noces d’or en 2012, vous avez fait, avec la bénédiction de son Exc. Mgr Eugène HOUNDEKON à qui nous exprimons notre gratitude filiale, le pas de la fraternité afin de nous entourer pour les 45 ans de la dédicace de notre Eglise. Soyez-en remerciés !
Révérends Pères, Révérendes Sœurs,
Chers Frères et sœurs,
Merci à vous tous d’être là pour célébrer avec nous le Bon Pasteur ! Notre action de grâce est grande, notre reconnaissance à Dieu, immense, notre gratitude infinie devant la merveille que le Seigneur nous fait en ce jour béni ! Le jour de la consécration de l’église du Bon Pasteur, Mgr Bernardin GANTIN, Archevêque de Cotonou, s’adressant au Peuple de Dieu rassemblé dès 07 h pour une célébration qui débuta à 08h30, disait : « C’est une journée d’action de grâce et de joie pour les témoins et participants de la dédicace de cette église, car le Salut est arrivé pour cette maison, car le Salut est arrivé pour chacun de nous. Ici, c’est la maison du Christ lui-même, maison remplie de mystère et de présence invisible, maison qui est source de vie et de pureté pour ceux qui en franchissent le seuil… ». C’était le dimanche 03 juillet 1966. C’était la troisième fois, dans notre Diocèse qu’une église était consacrée : le 09 juin 1909, l’église Immaculée Conception de Ouidah, par Mgr Steinmetz ; le 30 juillet 1961 l’église de Notre Dame de Miséricorde par Mgr Gantin. Le dimanche 03 juillet 2011, cela fera exactement 45 ans que cette maison est consacrée à Dieu. Mais pourquoi n’avons-nous pas attendu l’échéance pour fêter ? Il y a à cela une raison circonstancielle et une raison de fond. La raison circonstancielle est que le 03 juillet prochain, Mgr l’Archevêque ne sera pas revenu de Rome où il se rendra à l’invitation du Saint-Père pour son pallium en la Fête des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul. La raison de fond nous fait remonter au vœu profond du Cardinal Gantin qui était de consacrer l’église en la fête du Bon Pasteur, nom qu’il a personnellement donné trois ans plus tôt à la Station SS Pierre et Paul de Cadjèhoun. Mais les travaux de construction, malgré leur accélération – ils n’ont duré que 18 mois – ne rendaient pas possible une consécration le 1er mai 1966, Dimanche du Bon Pasteur. Avec le sens profond de l’histoire que nous connaissons à notre Père et sa volonté de communion avec Rome où le Pape Paul VI ordonnait à St Pierre 70 prêtres missionnaires pour l’Amérique Latine, il choisit le dimanche qui suivait la Solennité des SS Pierre et Paul pour la dédicace de notre église, le 03 juillet 1966. Il indiquait par-là l’horizon qui doit être celui des pierres vivantes que rassemblerait dorénavant la maison de pierres dédiée au Bon Pasteur : cet horizon est de fidélité à nos racines chrétiennes et d’engagement à la mission. Un tel engagement missionnaire ne pourrait prendre ses forces qu’à la source de la grâce baptismale. Le nom que le baptême et l’onction du 03 juillet 1966 nous ont conféré est celui du Bon Pasteur. Quel jour pourrait, mieux que celui du 4ème dimanche de Pâques, nous aider à aller à cette source ? Le clin d’œil que le Maître de l’Histoire nous fait en ce jour d’action de grâce est la bénédiction du Sanctuaire dédié à Notre Dame de Fatima et à l’Agneau Victorieux, celui qui siège sur le trône et qui seul peut ouvrir le livre aux sept sceaux (Apoc 5). Si les travaux de ce Sanctuaire avaient été aussi rapides que ceux de l’église, nous l’aurions inauguré le 13 mai 2008 puisque la Statue de la Vierge de Fatima était prête depuis lors. Et c’est ce jour que le Seigneur a rappelé le Cardinal Gantin qui a voulu avoir à Cotonou une Paroisse Bon Pasteur, la deuxième, après Adandokpodji à Abomey. Si nous avions choisi Notre Dame de Fatima, c’est en raison de la signification que les apparitions de Fatima ont pour la lecture de l’histoire de notre temps. Or Bon Pasteur, à son érection en 1963, représentait un défi socioculturel pour l’Eglise qui, plus tard, se définira comme « Famille de Dieu ». La configuration socioculturelle de la nouvelle paroisse était très particulière : le village royal de Cadjèhoun avec sa structure traditionnelle, le quartier des Blancs (Haie-Vive – Patte d’oie) et les quartiers de ceux qui, ayant trouvé hospitalité chez les chefs terriens, allaient travailler chez les Blancs (Gbégamey, Vodjè, Houéyiho). On avait donc, concentrées dans ce petit espace, l’Afrique traditionnelle, l’Afrique moderne et entre les deux l’Afrique en transition. Les missionnaires blancs et les catéchistes noirs qui travaillaient à construire ensemble cette communauté ecclésiale, savaient que la tâche n’était pas aisée. Mais avec abnégation et courage prophétique, ils ont travaillé pour être à la hauteur du défi historique. Et ils l’ont réussi puisque nous sommes là aujourd’hui, chrétiens catholiques du Bon Pasteur comme une seule et même famille, une famille toujours nombreuse alors même qu’elle a déjà donné naissance à près d’une dizaine de paroisses. En cette année jubilaire pour notre Eglise au Bénin où nous nous souvenons de la geste missionnaire de nos Pères dans la foi qui ont bravé mers et océans pour nous apporter la Bonne Nouvelle, nous ne pouvons qu’être fiers de nos frères et sœurs aînés qui ont construit avec ténacité cette communauté qui nous est chère. Mais comment être les dignes héritiers de ces aînés ? Au cours de la semaine préparatoire à cette fête, nous avons eu à écouter les lettres adressées aux 7 Eglises qui sont en Asie dont parle l’Apocalypse de St Jean (Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée). Nous avons compris que chacune de ces Eglises pourrait être Bon Pasteur. Le Seigneur nous a dit qu’il connaît nos œuvres, notre labeur et notre persévérance… Mais il a contre nous que quelquefois nous abandonnons notre ferveur première, notre premier amour, et que nous devenons tièdes, c’est-à-dire ni chauds ni froids. Or les tièdes, le Seigneur les vomit. Il nous a mis en garde contre la doctrine des Nicolaïtes – ces sectaires partisans de doctrines gnostiques qui prônent le salut par la connaissance et sondent les profondeurs de Satan en même temps qu’ils diffusent des mœurs libertines et quelquefois contre-nature. Il nous a mis en garde contre Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse et qui égare les serviteurs de Dieu, leur enseignant à se prostituer et à manger des viandes sacrifiées aux idoles.
Notre communauté du Bon Pasteur ne peut être du côté de l’Agneau immolé qui fait triompher le bon droit de Dieu en restituant à l’homme sa vocation première et en l’arrachant à tout ce qui corrompt son âme et avilit son corps qu’en étant une communauté qui écoute la Voix du Bon Pasteur. C’est lui qui entre par la porte de nos âmes, par la porte de nos communautés, par la porte de l’humanité. C’est lui qui nous a fait et nous sommes à lui. Tous ceux qui font effraction pour entrer dans la bergerie de Dieu que nous sommes sont des voleurs et des mercenaires. Quand Dieu entre dans nos cœurs par sa Parole vivante et que nous écoutons cette voix intérieure, il nous appelle chacun par son nom (baptême) et nous fait sortir pour la mission. Nous devons donc, chers frères et sœurs, nous distinguer dans l’écoute de la Parole de Dieu. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Sanctuaire d’adoration que nous inaugurons ce matin est aussi Sanctuaire de l’écoute de la Parole de Dieu : celui qui vient y rencontrer Jésus présent dans le Saint Sacrement de l’Autel le rencontrera aussi dans sa parole qui, continuellement, passe en fond sonore. Le Verbe de Dieu qui s’est fait chair, s’est fait Eucharistie pour notre salut. Le mystère de ce Corps donné pour la vie du monde n’est compréhensible pour nous qu’à la lumière de la Parole de Dieu. Et la Parole ne nous rejoint qu’en prenant chair de notre chair. C’est à cette écoute-adoration du Bon Pasteur que prend forme la vision chrétienne de notre communauté : « Rencontrer, Reconnaître, Aimer et Imiter en Eglise, Jésus-Christ Sauveur, le Bon Pasteur, l’Envoyé du Père, mort et ressuscité pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ». Nous avons décliné cette vision en objectifs pastoraux précis sur le Site Web du Diocèse. Il s’agit pour nous de renforcer l’identité chrétienne de notre communauté. Ainsi nous pourrions transmettre à la postérité un témoignage de foi et d’attachement au Christ digne de nos Pères et de nos aînés dans la foi. En saluant la mémoire de ces vaillants catéchistes et autres fidèles laïcs qui ont travaillé ici dans la vigne du Seigneur et à qui nous dédions un chant que la Chorale Hanye exécutera à la fin de la messe, nous voulons dire notre reconnaissance à nos pasteurs. Depuis le Père Prat (1er Curé de la Paroisse canoniquement érigée), ils ont essayé, avec la force que Dieu à ses ministres, de nous mettre à l’école du Bon Pasteur. Ils savaient qu’ils portaient ce trésor de grâce dans des vases d’argile mais ils nous ont appris à toujours compter sur la miséricorde de Dieu qui est au-delà de toute mesure. Deux de nos pères sont actuellement éprouvés dans leur santé, le Père Théophane HOUECHENOU et le Père Jacob AGOSSOU. Nous prions le Seigneur qui sait se pencher sur nos blessures et nous guérit, d’être à leur chevet comme le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour eux et continue de les entourer de sa divine bonté. Mais la prière qui devra constamment monter de nos cœurs ici au Bon Pasteur est que nous devenions de « bonnes brebis » pour le « Bon Pasteur » c’est-à-dire un peuple de saints !
AMEN !
Père Edouard ADE

Publié le 22 mai 2011.

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