La vie des quatre premiers pretres béninois

Après les 15 ans de la mort de saint Jean Marie Vianney, qui ont été célébrés solennellement à Ars, du 27 septembre au 3 octobre, le clergé béninois se prépare à vivre les 150 ans de la naissance de l’église au bénin. Il a été fixé la date du 18 avril 2011, qui rappelle les 150 ans de l’arrivée des deux premiers missionnaires S.M.A., les pères Borghero et Fernandez. Si le fondateur de la SMA, Mgr de Brésillac n’a pas pu mettre les pieds au Dahomey, emporté par la fièvre jaune à Free-Town, en Sierra-Leone le 25 juin 1859 avec tous ses compagnons, le père Planque qui lui succéda demanda avec insistance ce territoire à Rome qui le lui accorda le 28 août 1860.

L’objectif de la société SMA, à la suite du fondateur est double : l’évangélisation des peuples les plus abandonnés de l’Afrique et la création d’un clergé local. Il aura fallu 67 ans de présence pour voir la première ordination à Ouidah. Nous avons voulu raviver le souvenir de ces pionniers de notre clergé.

J’ai rencontré plusieurs fois le premier prêtre, l’abbé Thomas Mouléro, entre 1965 et 1975. Né à Gbokandji en 1888, il est baptisé le 11 août 1909, à 21 ans, à Kétou. Il entre au séminaire de Ouidah le 15 septembre 1915 à 27 ans. 13 longues années d’études, interrompues par la guerre 1914-1918 pendant laquelle la plupart des missionnaires sont mobilisés. Enfin, il est ordonné le 15 août 1928 à Ouidah.

Il fait quelques mois à Kétou puis est envoyé à Dassa d’où il doit desservir Savé. En 1930, il est nommé à Savé où il va rester 25 ans. En 1958, il fait un an à Tchaourou puis revient à Kétou où il va se retirer dans la maison maternelle jusqu’à sa mort, le 3 août 1975. Il sera enterré le 15 août, le jour de ses 47 ans d’ordination.

Sa nièce, Sœur Jacqueline Djogbenou, en religion Sœur Marie Paul de la Providence de Gap, a raconté sa vie en 1993. Elle le définit comme un ascète au cœur de mère, celui qui donne aux jeunes le gout de la terre, dont l’Eucharistie est primordiale dans sa vie, qui a le respect de tout homme et est disponible à tous et aussi comme un historien, un musicien et un ethnologue.

Le père Claude Templé, qui a vécu avec lui entre 1972 et 1975, nous donne ensuite son témoignage personnel. Il souhaitait être enterré à Kétou près de sa mère. Sa tombe était prête avant sa mort. Mais l’état de la route n’a pas permis d’emporter le corps de Porto-Novo à Kétou. Il fut enterré provisoirement à Porto-Novo. Plus tard, des problèmes au sein de la famille n’ont pas permis jusqu’à ce jour de le transférer à Kétou.

Le père Gabriel Kiti est le 2ème prêtre du Dahomey. Né vers 1900, à Ouidah, il entre au séminaire le 16 septembre 1915. Il dut lui aussi subir les conséquences de la guerre et patienter avant d’être ordonné prêtre le 15 septembre 1929. Il commence son ministère à Abomey, puis à Cové où il construit l’église. Mais le diabète le fit souffrir très tôt et c’est dans la souffrance que’il passe ses dernières années. Il mourut le 20 novembre 1948 dans sa 20ème année de sacerdoce et réalisant par sa vie de souffrance la devise de Mgr Parisot, son maître et son évêque : "La Croix, l’Hostie, La Vierge".

Le 3ème prêtre fut Mgr Moïse Durand. Né vers 1895, il faut envoyé par Mgr Steinmetz faire ses études au séminaire des Misions Africaines à Lyon. Il revint pour un stage canonique puis pour son ordination sacerdotale qui eut lieu le 15 mars 1931. Successivement en poste à Calavi, Bohicon, Notre Dame de Cotonou, partout, il fait œuvre de pionnier. Il a guidé les pas du cardinal Gantin et de Mgr Assogba sur la route du sacerdoce. A sa retraite, il devint aumônier des Forces Armées Populaires de la République Populaire du Bénin et je l’accueillait souvent à l’arrivée du train à Parakou d’où il prenait des taxis jusqu’à Kandi ou Natitingou. Il mourut le 23 janvier 1982 à 87 ans.

Le 4ème prêtre sera l’abbé Dominique Adeyemi, né en 1902 à Porto-Novo. Il fut ordonné le 30 octobre 1932. Travailleur acharné, apôtre infatigable, il desservit Ouidah comme vicaire, puis Calavi jusqu’en 1937. Ensuite il fonda Azoowlissé qu’il a profondément marqué par son zèle apostolique. Le 6 septembre 1970 il est nommé curé de Djérégbé. Le 15 septembre 1978, il entre à l’hospice de Calavi et c’est là qu’il rend sa belle âme à Dieu le 14 janvier 1981.

Deux jours avant son engagement définitif au Seigneur par le sous-diaconat, il écrit un poème en hommage à son évêque Mgr Steinmetz, intitulé : "Jesus, amator castitatis", Jésus, qui aimez la chasteté.

Que ces premiers pionniers soient pour nous des exemples, mais surtout qu’ils veillent sur leurs petits frères et les aident à continuer aujourd’hui leur mission.

Père André Chauvin.

Publié le 2 novembre 2009.

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