Feu nouveau, par ton baptême, tu es prêtre, prophète et roi.

Cette méditation a été donnée aux Membres de la Communauté du Feu Nouveau le 08 Novembre 2009 au Collège par Aupiais à Cotonou, à l’occasion de leur journée trimestrielle.

Voilà le thème de notre année. Nous sommes ainsi en communion avec l’Eglise universelle qui a consacré cette année comme année sacerdotale, dans le cadre du 150ème anniversaire de la mort du saint prêtre Jean-Marie VIANNEY. L’année sacerdotale nous concerne tous, non seulement parce que nous devons prier pour les prêtres que Dieu nous donne, mais parce que nous sommes invités à redécouvrir aussi notre vocation. Si pour le ministère, Dieu choisit du milieu de son peuple, des hommes qui acceptent de le servir au saint autel et de servir leurs frères, c’est d’abord parce que tout le peuple est un peuple sacerdotal. Notre vie chrétienne est donc une existence sacerdotale. Et c’est le baptême qui nous ouvre à cette existence qui est le sacerdoce commun de tous les fidèles baptisés. Par le baptême, nous sommes un peuple de prêtres, de prophètes et de rois. Nous sommes prêtres, c’est-à-dire des Yèhouénon, personnes capables de communiquer avec Dieu dans la prière. Nous sommes prophètes, c’est-à-dire appelés à parler de Dieu, d’annoncer la Bonne du Salut par nos paroles et notre vie. Nous sommes rois, parce que consacrés par Dieu et à Dieu. Nous sommes descendants de roi, d’un Roi pauvre et humble, d’un Roi sans armée qui a pour trône sa Croix. Le baptême fonde notre commune dignité de fils de Dieu : nous sommes fils dans le Fils. Nous ne resterons dans cette dignité que si nous devenons comme le Fils.
1er enseignement
Va, vends ce que tu as, donne le aux pauvres, viens et suis-moi.

Nous allons approfondir notre vocation sacerdotale commune à la lumière des exigences de notre baptême. Lisons cette péricope de l’Evangile de Marc où un homme riche en quête de bonheur interroge le Christ. Mc 10, 17 - 22. Notre méditation portera essentiellement sur la réponse du Christ à cette demande. « Va, vends ce que tu as, donne le aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel ; puis, viens et suis-moi. ». Comme l’homme riche, définie en Mt 19, 16-30 comme un jeune homme, nous cherchons le bonheur, le trésor qui dure. Je voudrais vous présenter les mouvements que Jésus nous indique en quatre temps.

1- « Va et viens » : La vie chrétienne est un mouvement : partir du Christ « Va... et viens » : la vie chrétienne est un mouvement. Rencontrer le Christ, c’est se mettre en mouvement, c’est recevoir une mission. La mission est le signe de la rencontre avec le Christ : celui qui a vraiment fait l’expérience de la rencontre du Christ ne peut pas ne pas la partager avec les autres. Regardons Marie. Dès lors qu’elle a reçu le Christ en son sein, « Marie se mit rapidement en route et alla chez sa cousine Elisabeth. » (Lc1, 39) Elle ne peut pas garder pour elle seule une si Bonne Nouvelle. Et ainsi se réalise la plus inouïe des rencontres : Dieu rencontre l’homme. L’homme rencontre Dieu. Jean-Baptiste rencontre Jésus. Le plus petit des enfants de l’homme rencontre l’Homme ; le précurseur adore son Sauveur, présent dans le sein de la Vierge. Chers amis, c’est un devoir d’amour et de foi pour nous de parler du Christ à ceux qui ne le connaissent pas encore. N’ayons pas peur de proposer la Bonne Nouvelle du salut, le Christ, l’unique Rédempteur du monde et de tout homme. Ce n’est pas du prosélytisme. Nous n’attentons ainsi en rien au droit à la liberté religieuse. Bien au contraire. Nous proposons, laissant à l’autre d’accepter ou de refuser comme le (jeune) homme riche. Le chrétien est le disciple de celui qui a dit : « J’ai apporté un feu sur la terre, et je voudrais qu’il soit allumé. » (Lc 12, 49) L’Evangile est ce feu intérieur. S’il nous brûle vraiment, il doit embraser d’autres. Le feu que tu as reçu à ton baptême est-il resté allumé ? Par ce feu, as-tu pu allumer d’autres feux ? Ravive toujours en toi ce feu pour qu’il devienne, selon les temps et les lieux un feu nouveau ; ainsi tu deviendras dans les milieux où tu vis un feu nouveau. Le « va et viens » qui nous fait porter le Christ aux autres, est un mouvement qui part du Christ : ce n’est pas une ballade ou une promenade. L’homme à qui Jésus a proposé ce mouvement ne voulait partir que de lui-même. Trop sûr de lui, il ne veut pas laisser le Christ être le centre de sa vie. Il refuse ce mouvement du Christ et c’est là sa tristesse. Et il s’en va tout triste. En partant de nous-mêmes, nous devenons tristes. Voilà l’origine de nos chagrins et de nos désespoirs. Qu’est-ce qui constitue la référence de tes mouvements quotidiens ? Ce n’est que du Christ que tu peux pouvons partir pour réussir ta vie. En partant du Christ, nous n’allons pas pour une aventure sans but. Il y a toujours un lien entre le « va et viens ».
Le « va » n’a de sens que dans le « viens » : on part du Christ pour revenir au Christ afin de demeurer avec lui. Le « va et viens » du chrétien se réalise en présence du Christ. Si notre vie est devant Dieu, c’est notre bonheur. Si nous courons, sans que notre vie ne soit exposée à Dieu, c’est une pure perte. « Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, c’est en vain que travaillent les maçons, si le Seigneur ne garde la vielle, c’est en vain que veille la garde » (Ps 127, 1) Loin de Dieu, nous sommes en péril ; nous ne sommes pas en sécurité, nous sommes malheureux. Or c’est pour le bonheur que Dieu nous a créés. Ce bonheur est intime à tout homme. C’est ce bonheur que recherche l’homme riche en se portant vers Jésus : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »
Les disciples d’Emmaüs avaient bien compris que loin du Seigneur, nous sommes en péril : aussi lui ont-ils demandé : « Reste avec nous, Seigneur. » (Lc 24, 29) Sans cette présence au Seigneur, sans cette présence du Seigneur dans nos vies, nos désirs humains n’auront aucun sens et nos labeurs aucun un avenir. « Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est » Benoît XVI, Caritas in veritate, n°78. Au cœur des « va et viens » de nos soucis, de nos plaisirs, de nos joies, de nos préoccupations, de nos inquiétudes, quel temps de présence réservons-nous au Seigneur ? Même les « va et viens » pour le Seigneur, pour l’annonce de l’Evangile, sans cette présence à Dieu, ne sont que de l’activisme. La présence au Seigneur et la présence du Seigneur dans nos vies s’effectuent dans la prière. Le temps consacré à la prière ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité, comme nous le dit Benoît XVI dans sa première encyclique, Deus caritas est, n° 36-37 : La prière comme moyen pour puiser toujours à nouveau la force du Christ devient une urgence tout à fait concrète. Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation paraît réellement urgente et semble pousser uniquement à l’action. La piété n’affaiblit pas la lutte contre la pauvreté ou même contre la misère du prochain. (…) Le chrétien qui prie ne prétend pas changer les plans de Dieu ni corriger ce que Dieu a prévu. Il cherche plutôt à rencontrer le Père de Jésus-Christ, lui demandant d’être présent en lui et dans son action par le secours de son Esprit. La familiarité avec le Dieu personnel et l’abandon à sa volonté empêchent la dégradation de l’homme, l’empêchent d’être prisonnier de doctrines fanatiques et terroristes. La qualité de ce « va et viens » requiert le détachement de tout ce qui pourrait alourdir la marche et encombrer le parcours.

2- « Vends ce que tu as » : être chrétien, c’est se détacher, se convertir et se réconcilier

« Vends ce que tu as » : l’invitation était adressée à un riche et la tentation pour nous serait d’exposer plutôt ici nos pauvretés comme si nous n’étions pas concernés. Chacun de nous est riche de ses conforts, de ses trésors, de ses talents à partager avec les autres. Nous sommes aussi malheureusement riches de nos idoles, (choses fabriquées qu’on aime et qu’on adore) amour de soi, mauvaises attitudes, comportements de mépris et d’humiliation des autres dont il doit se défaire... Nous sommes riches de nos biens que nous devons partager et des vices qui nous aliènent et aliènent les autres et dont nous devons nous détacher. Cher ami, Quelles sont dans ta vie, ces richesses que tu dois vendre ? Vendre signifie ici changer. Chacun de nous a quelque chose à changer, quelque chose auquel il doit renoncer. « Vends ce que tu as » : c’est-à-dire partage les dons dont Dieu t’a gratifiés avec les autres. « Vendre ce que tu as », c’est-à-dire renonce à toi-même et à tout ce qui t’éloigne de Dieu et des autres. Le détachement nous libère. Ce dont nous séparons pour le Christ ne nous livre pas à l’insécurité ou au manque. La peur nous empêche souvent de nous défaire parce que nous ignorons de quoi demain sera fait. Pierre, avant nous, avait éprouvé cette préoccupation légitime du cœur humain : « Et nous qui avons tout quitté pour te suivre, quelle sera notre part ? » « Quiconque aura laissé maison, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs à cause de mon nom, recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle … » (Mt 19, 27) Et Benoît XVI nous rassure : « N’ayez pas peur du Christ, il n’enlève rien, Il donne tout. » A l’homme riche, n’a-t-il pas promis le véritable bien : « et tu auras un trésor dans les cieux »
« Vends tout ce que tu as » est un appel à la conversion. Le ministère du Christ a commencé par ces mots : « Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle ».(Mc 1, 15) La conversion est un axe majeur de la vie chrétienne. Il n’y a pas de conversion sans réconciliation. La conversion fait de nous des êtres réconciliés, réconciliés avec nous-mêmes, réconciliés avec les autres, réconciliés avec les autres.
Nous avons tous besoin de réconciliation. Trop de rancunes et de rancœurs tissent nos vies individuelles et collectives. Sans la réconciliation, notre pays, nos pays africains, s’abîmeront dans le gouffre de l’abîme. Les conflits et les rivalités depuis nos familles indiquent la cure de la réconciliation à tous les niveaux. Ne nous laissons embrigader par le passé. Purifions plutôt nos mémoires, la mémoire de nos cultures pour regarder avec espérance l’avenir. Jeunes, nous devons être des acteurs de réconciliation. Le pardon donné ou reçu est une force de libération. Si la liberté est une caractéristique essentielle de la jeunesse, comme jeunes nous devons être les témoins du pardon. A qui ai-je à pardonner aujourd’hui ?
Engageons-nous sur le chemin de la réconciliation par la prière, par un geste de réconciliation à poser avec un frère et une sœur, un ami ou une amie, un collègue de classe ou de service, un père ou une mère. Chacun de nous a quelqu’un à qui pardonner. Chacun de nous a quelque chose à pardonner à l’autre et à se faire pardonner. La réconciliation se réalise par des œuvres de justice et de charité.

« Donne-le aux pauvres » : être chrétien, c’est poser des œuvres de justice et de charité Les pauvres existent autour de nous ; et la pauvreté est de nos jours multiforme. Chacun de nous est riche des talents que Dieu lui a confiés. Les pauvres nous interpellent, nous les riches. Comme ces figures emblématiques d’amour des pauvres, Mère Teresa, Sœur Emmanuelle, Abbé Pierre, Mgr Isidore de SOUZA, Mgr Lucien Monsi-Agboka, nous devons nous engager au service des pauvres. Cher ami, choisis une forme de pauvreté, combats-la par ton témoignage de vie et tu auras un trésor au ciel.
La première aide aux pauvres ne relève pas d’abord d’œuvres de charité, mais d’un devoir de justice. La confusion entre charité et justice porte souvent à désigner par charité ce qui n’est que pure justice. La charité est un au-delà de la justice. La justice consiste à rendre à l’autre son dû. Pour un service rendu, l’autre attend son dû. Au nom de la destination universelle des biens de la terre, à l’autre doit être rendu son dû. Au nom de l’égale dignité de tous les hommes, à l’autre doit être rendu son dû de respect et de considération. Que de dettes ne contractons-nous pas alors vis-à-vis de nos frères et sœurs ? Quelles sont tes dettes à toi ?
Benoît XVI, dans sa dernière encyclique, établit une magistrale relation entre la charité et la justice.
La charité dépasse la justice, parce que aimer, c’est donner, offrir du mien à l’autre ; mais elle n’existe jamais sans la justice qui amène à donner à l’autre ce qui est sien, c’est-à-dire ce qui lui revient en raison de son être et de son agir. Je ne peux pas « donner » à l’autre du mien, sans lui avoir donné tout d’abord ce qui lui revient selon la justice. Qui aime les autres avec charité est d’abord juste envers eux. Non seulement la justice n’est pas étrangère à la charité, non seulement elle n’est pas une voie alternative ou parallèle à la charité : la justice est « inséparable de la charité », elle lui est intrinsèque. La justice est la première voie de la charité ou, comme le disait Paul VI, son « minimum », une partie intégrante de cet amour en « actes et en vérité » (1 Jn 3, 18) auquel l’apôtre saint Jean exhorte. D’une part, la charité exige la justice (…) D’autre part, la charité dépasse la justice et la complète dans la logique du don et du pardon. Du don et du pardon, le Christ nous a laissés, sur la croix, l’insigne exemple. Suivons son exemple.

Suis-moi : être chrétien, c’est être disciples du Christ. Etre chrétien, c’est non seulement partir et revenir au Christ, mais le suivre. La vie chrétienne n’est pas un corps de doctrines à suivre. Il s’agit de suivre une Personne.
Ce n’est pas un prétexte pour évacuer les préceptes. La voie du bonheur s’ouvre par l’observance de la Parole de Dieu. C’est par le rappel des commandements que le Christ engage son dialogue avec l’homme riche. Celui-ci répondit : « Tout cela, je l’ai observé depuis ma tendre jeunesse. » L’observance des commandements de Dieu est préalable et primordiale. Nous avons besoin de le savoir, nous jeunes pour qui la liberté se comprend comme affranchissement des valeurs. La jeunesse est l’âge propice pour régler sa vie sur les commandements de Dieu. Le regard de Dieu se pose alors sur nous, comme sur l’homme riche : « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima » Qu’est-ce que je souhaite que chacun de vous voit sur lui poser ce regard d’amour ? Ce regard d’amour de Dieu nous atteint quand nous sommes fidèles aux paroles d’amour contenues dans les commandements. Mais après les commandements, il reste l’essentiel : la suite du Christ. On ne peut pas suivre le Christ sans suivre les commandements. Mais on peut suivre les commandements sans pouvoir suivre le Christ. Or le chrétien est disciple du Christ.
Le chrétien suit une personne et non une idée. Il ne poursuit pas une idéologie. Il suit le Christ qui le poursuit de son amour. « Suis-moi : » c’est l’appel à toute vocation chrétienne qui est vocation à la sainteté. Que d’hommes et de femmes, dès leur jeunesse ont cru en cet appel et ainsi ont connu le Bonheur ! « Suis-moi », c’est la sequela Christi. Avant chaque acte, demandons-nous ce qu’aurait fait le Christ. Nous pourrions alors dire comme Paul : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. » (Ph 1, 21)
« Suis-moi. » Le lieu qui nous indique ce chemin, c’est la Parole de Dieu. « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ. » nous avertit St Jérôme. Comment es-tu attentif à la Parole de Dieu ? Possèdes-tu une Bible ou un Nouveau Testament ? La lis-tu ? Tu ne peux prétendre suivre le Christ sans le connaître.
« Suis-moi » Seul celui qui est sûr de conduire au bonheur peut parler ainsi. » (H. U. von Balthasar) Seul le Christ donne ce bonheur. Le Christ est ce bonheur.

Feu nouveau, « Va, vends ce que tu as, donne le aux pauvres, viens et suis-moi. » Notre méditation s’est nourri de deux grands évènements actuels de notre Eglise : l’encyclique de Benoît XVI, la charité dans la vérité, et le thème du synode spécial des évêques pour l’Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix en Afrique, tenu à Rome du 04 au 25 Octobre 2009. Pour vivre la charité dans la vérité, nous devons suivre le Christ qui nous en indique le chemin : « Va, vends ce que tu as, donne le aux pauvres, viens et suis-moi. »
La réconciliation, la justice et la paix, si indispensables à nos vies et à notre Afrique, ne seront véritables que s’ils viennent du Christ. Par toute ta vie, efforce-toi de suivre le Christ et tu connaîtras le Bonheur.

Feu nouveau, par ton baptême, tu es prêtre, prophète et roi.
Par le Père Rodrigue GBEdJINOU,
Aumônier du Feu nouveau

Publié le 23 novembre 2009.