Fêtes pour la Jeunesse
Jeunesse en fête

Si vous retournez au titre de cet article avec un minimum d’attention, vous vous rendrez compte que le premier mot est au pluriel. Il indique que toutes fêtes sont pour la jeunesse, et moi j’ajoute que la jeunesse est faite pour la fête. Cela explique le deuxième membre du titre : Jeunesse en fête. Ce dernier mot au singulier signifie que la Jeunesse est toujours en fête et qu’elle devrait l’être. De fait, elle est bien placée pour être toujours en fête. En effet, elle est au plus aigu de ses facultés gustatives et n’a pas lieu de se plaindre comme le vieux poète : l’âge m’ôte la force, le goût et le sommeil. De plus, elle ne se fait pas beaucoup de souci sur la vie dont elle ignore encore les aspérités. Pas d’angoisse au cœur, elle n’a pas encore d’yeux pour voir, selon l’expression du poète, la première clarté de son dernier soleil. Jeunesse peut fêter, Jeunesse doit fêter, la fête est pour la Jeunesse, Jeunesse est faite pour la fête.
Ce qui cependant arrive souvent, c’est que Jeunesse ne sait pas fêter. Ne pas savoir faire une si bonne chose ! Quel gâchis que de la faire mal ! De fait, tout s’apprend et quand on n’apprend pas à fêter, on peut ne pas le savoir et l’on en arrive à ne pas bien fêter. De fait, le passé garde pour notre instruction de tristes records de gens qui fêtent mal pour ne pas savoir le faire.
On croit d’abord que la fête ne concerne que le corps. Alors on le gave de mets et de boissons au point d’aboutir à l’effet contraire du plaisir : le corps est affaibli, endolori, surmené. Au volant comme au guidon, la concentration diminue, le réflexe est nonchalant ; à pied, l’équilibre est mal assuré. Les services des urgences dans les hôpitaux ne chôment pas les jours de fêtes ou le lendemain. Heureusement que les médecins ne fêtent pas de la même manière que leurs clients improvisés.
On croit ensuite que la fête se confond avec la joie éprouvée au cœur. Ceci n’est d’ailleurs pas faux ! Une fête sans joie est une contradiction dans les termes. Mais là aussi, on en trouve qui gavent le cœur de tellement de joie que tout finit par la plus grande tristesse. J’ai vu des gens se réjouir tant de la victoire de leur Equipe nationale de football que, enfourchant une moto dans cette joie, ils sont allés s’abîmer dans le Tibre. Il semble plus logique de mourir de tristesse que de joie. En effet, la joie est faite pour le vivant et le vivant pour la joie. On ne peut te louer dans le Shéol affirme le Psalmiste.
Tout s’apprend, ce qu’on fait sans l’apprendre, on le fait mal. Voilà que maintenant vous me prenez pour un enseignant en cette matière. De fait, vous ne vous trompez pas sur mon identité. Je suis un fonctionnaire de la fête. Nouveau métier ? Non, nous sommes nombreux à l’exercer depuis deux millénaires.
Nous proposons aux hommes la vraie fête. De fait, la fête, c’est Dieu. Devant ta face, plénitude de joie, s’écrie le Psalmiste avec émerveillement, et il se trouve des auteurs spirituels pour appeler Dieu le Seigneur de la danse. Mais, pour nous, Dieu ne se contente pas d’être une fête en esprit, il est aussi une fête du corps, car il vient à nous, il vient chez nous, il vient en nous, et c’est Noël. Il élève la dignité de notre corps au niveau de sa divinité. Noël, fête divine, fête du corps humain. Cette fête se manifeste au mieux dans une autre fête du corps, l’Eucharistie. Là aussi, c’est la fête du corps, du corps que Dieu a pris à l’homme pour le transformer en corps de Dieu. Et qui dit qu’on ne fête pas dans le corps ? On fête bien dans le corps et le corps c’est la fête.
Nous proposons aussi aux hommes la fête du cœur, la fête au cœur de l’homme, la joie. La joie de s’aimer, la joie de partager, la joie de penser aux autres. C’est la fête que nous préparons par l’annonce de l’Evangile à tous les hommes.
L’autre proposition que je voudrais faire ici, c’est la figure d’un jeune, un jeune "fêtard". Jésus.
Jésus un jeune ? Oui, c’est ce qu’il est, et je crois qu’on ne le dit pas assez. Dans cette affaire, c’est Dieu qui apparaît le plus bizarre. Pour sauver l’humanité, il ne recours ni à la robustesse de l’adulte ni à la sagesse du vieillard. Il adopte le plus faible de la nature humaine : la fragilité de l’enfant et la précarité de la jeunesse. L’exploit le plus merveilleux du monde, c’est Dieu qui le réalise, lui qui crée le ciel et la terre et tout ce qu’ils renferment. L’exploit plus merveilleux encore c’est un jeune qui le réalise, le salut du monde. C’est Jésus, un jeune. Il meurt jeune, il demeure éternellement jeune, il vit pour toujours. Jeune, d’où tireras-tu encore une fierté plus noble que d’être comparable à Jésus ?
Jésus, un jeune " fêtard". Jésus prend soin de se démarquer de Jean-Baptiste, et c’est lui qui dans l’Evangile dit de lui-même : vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant... (Mt 11,19). A juste titre, les disciples de Jean, perplexes, demandent à Jésus, presque sur un ton de reproche : pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? (Mt 9,14). Jésus donne l’air de dire : le jeune ne jeûne pas, et il en est. Il est partisan de la fête et de la joie. A Cana, il transforme l’eau en vin ; au désert, il multiplie le pain pour nourrir des foules ; à l’autel, il livre son corps et verse son sang comme aliments de vie éternelle. C’est vraiment la fête. Tous invités. Jeunes en tête, à la suite du Jeune !

+ Mgr Fidèle AGBATCHI,
Archevêque de Parakou

Publié le 27 décembre 2009.