Après les enseignements sur l’argent, Luc enchaîne une série de paroles sur la vie communautaire : les occasions de chute, le pardon fraternel, la foi. Jésus se tourne maintenant vers les Apôtres, les futurs responsables de communauté, et les exhorte à exercer leur fonction avec simplicité.
C’est pour la quatrième fois que sont mentionnés dans l’évangile de Luc, les Apôtres, lors de leur institution en 6,13, puis à leur envoi en mission (9,1) et quand ils sont rassemblés autour de Pierre pour demander s’ils sont concernés plus que d’autres par la parabole du serviteur vigilant (12,41). Habituellement ils sont fondus dans la masse des disciples.
La demande des Apôtres survient après les exigences exorbitantes que Jésus vient de formuler sur le pardon fraternel. La démesure des paroles du Maître exige une foi qui semble dépasser leur capacité. Mais ce n’est pas l’avis de Jésus.
Jésus veut simplement nous faire comprendre que vis-à-vis de Dieu qui nous a tout donné, nous n’avons pas de droits à faire valoir. Tout notre temps lui appartient d’avance, toutes nos forces doivent être tendues vers l’avènement de son règne d’amour, et c’est lui-même qui se réserve de nous donner le repos. Au service des hommes et de la société humaine, il existe des congés payés ; au service de Dieu, il n’y aura pas de congés, et Dieu nous paiera à sa manière, comme il le voudra et quand il le voudra. Ce qui est certain, c’est qu’il fera bonne mesure ; mais cela, c’est son affaire à lui.
Veut-il nous inculquer l’idée d’un Dieu-patron, insensible à la peine que nous prenons pour lui ? Non ! Il a même souligné à plusieurs reprises qu’il comptait bien, quant à lui, inverser les rôles : « Vous devez être semblables, dit-il, à des hommes qui attendent leur maître lorsqu’il revient des noces, afin de lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. Bienheureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. En vérité, je vous le dis : il mettra le tablier, les fera mettre à table, et, s’approchant, il les servira » (Luc 12,36s). Et Jésus ajoutait : « Je suis parmi vous comme celui qui sert ». C’est même l’un des derniers souvenirs qu’il ait voulu laisser de lui à ses disciples, puisque, la veille de mourir, il est passé parmi eux, avec un linge et un bassin, pour leur laver les pieds.
Frère Théodore LOKO, Ambassadeur du Bénin au Vatican