Jésus avait coutume de raconter des paraboles à ses auditeurs pour leur parler d’eux-mêmes, de leurs préoccupations et de leurs angoisses.
Le récit que Luc nous a transmis de ce « pauvre Lazare » et de cet homme riche est de la sorte une tentative de réponse à des questions bien concrètes, très existentielles.
Le débat est d’actualité cette semaine aux Nations Unies avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
Le problème du riche n’était pas d’être riche ! Notre problème n’est pas d’être ceci ou cela, de faire ceci ou cela. Notre problème c’est d’être concerné par ce qui arrive à l’autre, à notre prochain, à notre frère. Une action bonne qui n’aurait pour but que de nous approcher du « sein d’Abraham » n’en serait pas moins indifférente à l’autre, coupable elle aussi d’égoïsme, d’indifférence. C’est le résumé de la Loi et des prophètes que de se préoccuper de ce qui arrive à l’autre. Non pour le contrôler, le juger, le reprendre mais pour l’aider, le soutenir, le nourrir.
Le désintérêt doit être notre règle ! S’intéresser aux personnes en se désintéressant de nous-mêmes, aux situations dans lesquelles elles se trouvent réellement, concrètement, à la porte de l’existence parfois. Se rendre compte que l’accomplissement de la vie, la satisfaction intellectuelle ou spirituelle ne s’obtient pas quand on se regarde dans un miroir mais seulement quand on en vient à panser les blessés de la vie, de nombreuses manières.
Combien de Lazare aux portails de nos vies ? Malades, sans abri, sans pain, sans parole, sans papiers, sans droits ! Couverts des ulcères modernes, ceux qui brisent l’âme plus encore que le corps, qui n’attendent rien de plus que les miettes de notre tranquillité ? Aujourd’hui nous nous retrouvons pour un repas mais ce qui compte ce n’est pas tellement cela. Bien sûr que nous donnons de notre bien, de notre superflu. Mais ce qui compte c’est bien plus que cela corresponde à une véritable préoccupation du destin de l’autre, à une véritable motivation au bien de l’autre, au bien de Lazare.
Que l’on ait vécu dans le lin et la pourpre, ou couvert d’ulcères, mendiant à la porte des autres, un moment vient toujours où les choses prennent leur vraie valeur. Et dans la pensée de Jésus, ce moment-là doit éclairer toute la vie d’un croyant. La mort, qui totalise toutes les fidélités d’une existence, fixe aussi l’homme définitivement dans ses choix.
Théodore LOKO, Ambassadeur du Bénin au Vatican