Accueil > Le coin des familles > Jeunes > Comment réussir tes études et ta vie ? Par le Père Rodrigue GBEDJINOU
Cette causerie a été donnée le dimanche 15 Novembre 2009 au Centre Paul VI à Cotonou aux membres de la JEC, Jeunesse Etudiante Catholique. La JEC est un Mouvement d’Action Catholique créé par le Cardinal Joseph CARDJIN. Elle accompagne la croissance de l’élève et de l’étudiant à partir des ressources de la foi chrétienne. Les jeunes qui y militent sont formés à Voir, Juger et Agir pour devenir un chrétien accompli dans leurs milieux de vie, les milieux scolaires et universitaires.
Jeune élève ou étudiant, puisses-tu réussir tes études et ta vie ! Que puis-je te souhaiter de mieux ? Réussir est un de ces mots magnétiques qui ne laissent personne indifférent. Réussir est le vœu secret de tout homme, même du paresseux me semble-t-il. L’homme veut réussir tout ce qu’il entreprend. Tous les hommes veulent réussir. Mais tous ne réussissent pas à cause des moyens différents que chacun emprunte.
Toi, élève ou étudiant, tu désires réussir… C’est ton droit et ton devoir. Tu as alors absolument besoin de mieux t’organiser pour construire cette réussite. Elle te procurera beaucoup de joie comme aussi à tes parents. Ta réussite sera le bonheur de ta famille, de ton pays et de l’Eglise qui t’accompagne sur ton chemin de croissance. Puisses-tu alors vraiment réussir en prenant la mesure de tes études comme de ta vie et en empruntant les moyens les plus sûrs !
I- Quel est le sens de tes études et de ta vie ?
Veux-tu soutenir et renforcer davantage ton désir de réussir ? Saisis alors la valeur de ce que tu veux réussir, tes études et ta vie.
1- Les études, que représentent-elles pour ta vie ?
Face aux études, tu peux éprouver de l’angoisse au regard des contraintes qu’elles exigent. Elles réclament des sacrifices qui te rebutent parfois. Mais garde vite et toujours à l’esprit que la couronne ne ceint que les fronts meurtris. Il n’y a pas pour toi d’autres voies, en dehors des études, pour porter la couronne du succès. Les études constituent le moyen ordinaire dont tu disposes comme élève ou étudiant, pour réaliser ta vie. Les études auxquelles tu t’appliques aujourd’hui te préparent pour demain et te forment à la vie. Le Général Wellington, celui qui a vaincu Napoléon, retourné en Angleterre, dans l’école militaire où il avait étudié, s’est ainsi adressé aux élèves officiers : « Sachez que la bataille de Waterloo a été gagnée ici ».
L’avenir appartient à ceux qui étudient et qui travaillent. L’amour des études est capital. Le travail libère l’homme. Par rapport à soi, la paresse est un suicide ; par rapport aux autres, elle est un meurtre potentiel. Et pour toi, africain, le travail et les études sont plus qu’une exigence ; ils représentent ta condition d’existence comme, fils d’un continent humilié par l’histoire. Aimé Césaire te le rappelle, dans La Tragédie du roi Christophe, avec ses formules ciselées dont il avait l’art :
Il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas ! C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs, et malheur à celui dont le pied flanche.
L’étude fait l’honneur et le bonheur de l’homme. Les noms de certains hommes, anciens ou contemporains, connus ou inconnus de toi, font la gloire de l’humanité à cause de leurs œuvres… Ne rêves-tu pas de rentrer, toi aussi, dans cette lignée de ces illustres hommes, qui même morts vivent encore dans la mémoire des hommes ? Ecoute l’éminent physicien Newton te faire cette sublime confidence : « Si j’ai rendu quelques services au public, je le dois uniquement au travail et à la réflexion constante. »
Les études élèvent l’esprit vers les hauteurs, élargissent l’horizon de vue et d’appréciation. Elles préservent ainsi de l’inconduite, de l’immoralité. La recommandation de Saint Jérôme à Népotien s’adresse aujourd’hui à toi, élève comme étudiant, dispersé ou influencé par ce monde de loisirs : « que le Diable te trouve sans cesse occupé » Comprends-tu alors pourquoi Voltaire affirmait que le travail éloigne de nous trois maux : l’ennui, le besoin, le vice ?
A celui qui ne travaille pas, Saint Paul, le grand Apôtre, si fier d’avoir pourvu à ses besoins comme à celui de ses compagnons grâce à son travail, recommande que « celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » (2 Th 3, 10b) Il n’y a pas de place dans le monde pour les paresseux, comme te l’indique Victor HUGO
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent, ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime,
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime
Ayant devant les yeux, sans cesse nuit et jour
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
Cher ami, élève ou étudiant, comme africains, nous devons travailler pour assurer et garantir notre liberté : « le travail ! et après le travail l’indépendance, mon enfant ! N’être à charge de personne, telle doit être la devise de notre génération. » Ne reste pas sourd à cette supplication de Bernard Dadié. Mais malheureusement, en Afrique, nous sommes habitués à danser, même face à l’urgence des graves défis.
Quelque part dans la nuit, le tam-tam bat… Quelque part dans la nuit, mon peuple danse… Et c’est tous les jours comme ça… Tous les soirs… L’ocelot est dans le buisson, le rôdeur à nos portes, le chasseur d’hommes à l’affût, avec son fusil, son filet, sa muselière ; le piège est prêt, le crime de nos persécuteurs nous cerne les talons, et mon peuple danse. (Aimé Césaire, La Tragédie du roi Christophe)
Travaille au lieu de danser. Travaille d’abord et après tu pourras danser. Ton amour pour le travail et pour les études se révèle par ton goût de la culture et la culture s’affine par l’amour de la lecture, nourriture essentielle pour la vie.
2- Que signifie la vie pour un homme ?
La vie est un don de Dieu. Des diverses formes de vie, (végétale, minérale, humaine) la vie humaine est la plus accomplie. Elle porte un sens. Malheureusement, la vie de certains au regard de leurs attitudes, semblent plus proches de la vie végétale ou de la vie minérale…Or notre vie humaine porte une dignité ineffable : Dieu s’est fait homme ! La vie humaine est une grâce.
Est-ce à moi de t’apprendre la valeur de la vie, toi vaillant fils d’Afrique dont les cultures magnifient et célèbrent la grandeur de la vie ? Ta vie n’est pas donc un hasard, un risque ou un jeu. Elle est un appel de Dieu. Elle est unique et donc précieuse. Elle est précieuse, même si elle passe vite. Elle passe vite car un temps, tu es là et un autre, tu n’es plus.
« Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et fuit. » avait compris la petite Sainte Thérèse de l’Enfant. C’est pourquoi elle remplissait chaque jour d’actes d’amour.
Comme la vie s’écoule si vite, tu dois bien la remplir. Ce sont les bons actes posés à chaque instant qui lui donnent un poids d’éternité. Aussi t’efforceras-tu, le plus possible et par les voies les plus honnêtes, d’être le meilleur, là où tu es, d’établir pour toi-même des étalons d’excellence partout où tu es. Ecoute cette exhortation du poète Douglas MALLOCK :
Si tu ne peux être pin au sommet du coteau,
Sois broussaille dans la vallée.
Mais sois la meilleure petite broussaille
Au bord du ruisseau.
Sois buisson si tu ne peux être arbre.
Si tu ne peux être route, sois sentier ;
Si tu ne peux être soleil, sois étoile ;
Ce n’est point par la taille que tu vaincras ;
Sois le meilleur qui que tu sois.
Pour la qualité de ta vie, tu dois porter de grandes convictions et de nobles idéaux. La jeunesse t’est donnée pour cette mission. Il te faut rêver. Plus grands seront tes rêves, plus élevée sera ta vie. Adopte cette devise des anciens : Excelsior, semper excelsior. Plus haut, toujours plus haut. Que feras-tu alors pour que ta vie comme tes études soient une réussite ?
II- Comment peux-tu t’organiser pour réussir tes études et ta vie ?
Les conseils pour apprendre à apprendre, pour apprendre à bien vivre sont multiples. Parmi tous les moyens dont tu disposes pour réussir, trois facteurs paraissent majeurs et constituent des axes fédérateurs de tous les autres : le temps, la méthode et Dieu.
1- La gestion du temps
Tes études et ta vie se déroulent dans le temps. Dis-moi comment tu gères ton temps et je te dirai si tu réussiras. Le temps ne dépend pas de toi ; tu le reçois. Tu dois donc bien l’utiliser. Pereunt et impuntantur : les heures s’en vont et nous en rendrons compte. Voilà l’inscription sur le cadran solaire de la prestigieuse université d’Oxford. Le temps n’est pas une limite mais plutôt une grâce. « Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues qu’il ne faut pas lâcher sans extraire l’or » avait affirmé Baudelaire. Le temps, ce trésor précieux, donne la valeur au travail, il permet d’honorer un devoir, de recevoir un mérite, d’accomplir une vie… Aussi te faut-il :
Apprécier la valeur du temps. Remember time is money. Garde sans cesse au cœur et à l’esprit, ce simple mot : Aujourd’hui. Mets à profit le temps présent.
Etablir un programme selon tes aptitudes et les moments favorables. Chaque activité a alors son temps et chaque temps a son activité. Mais tous les temps ne sont pas propices pour toutes sortes d’activités. Plus tu donnes du temps à une activité, plus cette activité te consomme tout le temps. Sois fidèle au programme établi, tout en étant souple quant au changement possible.
Réaliser une seule chose à la fois et ne jamais abandonner une œuvre non achevée. Donne-toi à fond à chaque œuvre comme si elle était la seule, c’est un secret de vie.
Te souvenir que « le temps perdu ne se rattrape jamais. » M. PROUST. Sache alors apprécier l’essentiel en toutes choses en dégageant les priorités de ta vie et en organisant tes activités selon une échelle de valeurs. Toutes les activités n’ont pas le même poids. Entre l’utile et l’agréable, préfère l’utile ; entre le nécessaire et l’indispensable, opte pour l’indispensable… Les feuilletons, les films, les bavardages, les visites, les promenades, les ballades sont-ils utiles, nécessaires ou indispensables à ce moment où tu veux t’y consacrer ?
Mettre en valeur toute heure libre (temps de voyages, moment d’attentes…)
1 mn perdue par jour = 30 mn par mois, 6 heures par an. Et combien de minutes et d’heures ne perdons-nous pas par jour sans rien faire ou dans des activités sans relief ? De grandes œuvres peuvent se réaliser, même avec de petites minutes, minutieusement utilisées.
Cette gestion minutieuse du temps ne dispense pas du repos. Dans le labeur, le repos. Ce n’est qu’après l’effort que vient le réconfort. Quand la fatigue véritable se fait sentir, il vaut mieux se reposer au lieu de languir des heures sur un travail sans grand succès.
Le progrès dans la vie comme dans les études est liée à la gestion de son temps, mais aussi à une bonne méthode de travail.
2- La méthode comme l’art de bien travailler et de bien vivre
Avec toute leur bonne volonté et les peines qu’ils se donnent, des élèves réussissent difficilement. D’autres par contre, avec peu d’effort et en moins de temps, réussissent admirablement ! Hasard ou destin, non ! Méthode, oui !
Avec une mauvaise méthode, l’esprit s’épuise inutilement et fausse même ses angles d’approche. Une bonne méthode, par contre, met de l’ordre dans l’esprit et rend l’œuvre aisée. La méthode distingue les hommes les uns des autres. Elle consiste à découvrir le meilleur chemin à soi pour obtenir les résultats escomptés. Le temps nous est donné à tous comme un bien commun ; la méthode en est une appropriation personnelle. Quand le bon chemin est trouvé, toutes les difficultés s’estompent.
La méthode consiste en l’art d’apprendre à bien faire afin d’« obtenir le maximum avec le minimum » (Guitton). Grâce à une bonne méthode, tu peux réussir avec peu de capacités. Archimède demandait un levier pour soulever le monde. Ce levier ne peut pas se trouver sans méthode. Chacun doit découvrir le point d’appui pour soulever sa vie et ses études. Sans une bonne méthode, tu ne peux donner le meilleur de toi-même. As-tu déjà une méthode de travail ? Que faire pour découvrir la méthode qui te convienne ?
Commence par te connaître pour évaluer tes aptitudes et déterminer les objectifs que tu veux atteindre pour tes études et pour ta vie. C’est alors que tu trouveras en toi-même les grandes motivations capables de t’exciter pour les études et d’aiguiser ta vie en fouettant ta volonté. La méthode personnelle ne consiste pas en une quête de l’original ou de l’extraordinaire. Dispose-toi à regarder les autres à l’œuvre, à leur demander ce qu’ils font pour réussir, et imite-les autant que faire se peut tout en restant toi-même. L’amitié des grands hommes est un bienfait de Dieu : tu découvriras ainsi ta voie à toi pour devenir aussi grand par la force de ta détermination mais surtout par ton ouverture à la grâce de Dieu.
3- Dieu, lumière pour notre intelligence et soutien de notre vie
Le temps qui l’a créé ? L’esprit et l’intelligence qui élaborent les méthodes de travail, qui les a faits ? Dieu est l’auteur du temps, maître de nos vies et de nos histoires. Il nous aide à découvrir le chemin pour réussir. Il s’est lui-même défini comme le chemin pour connaître la vérité afin d’avoir la vie. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». (Jn 14, 6)
Portes-tu au cœur d’autres désirs que de trouver le chemin qui ouvre à la vérité et donne vie ? Tes ambitions légitimes pour tes études et ta vie, confie-les à Dieu pour recevoir sa bénédiction. Tout en donnant la pleine mesure de toi-même pour réussir tes études et ta vie, reste connecté (en relation intime et étroite) avec la source de toutes grâces.
Que tes études et toute ta vie se déroulent sous le regard d Dieu, comme te le conseille ici le grand mathématicien et physicien Ampère :
Etudie les choses de ce monde, mais ne les regarde que d’un œil ; que ton autre œil soit constamment fixé sur la lumière éternelle ! Ecoute les savants, mais ne les écoute que d’une oreille ; que l’autre soit toujours prête à recevoir les doux accents de la voix de ton ami céleste ! N’écris que d’une main. De l’autre, tiens-toi au vêtement de Dieu comme un enfant se tient attaché au vêtement de son père. Sans cette précaution, tu te briserais infailliblement contre quelque pierre.
La raison, en esprit d’oraison, fleurit…La vie, en esprit d’oraison, survit à l’usure du temps. Travaille et prie. Vis et prie. Celui qui prie découvre Dieu présent dans ses études et dans sa vie. Laisse-toi t’interroger par cette histoire de l’érudit Pasteur : Un étudiant aurait, un jour, dans le train, rencontré Louis Pasteur, égrenant son chapelet. Le jeune dit au vieux savant qu’il n’avait pas reconnu : « N’avez-vous plus rien d’autre à faire que d’égrener le chapelet. Au moins, lisez. » Pour toute réponse, le vieux demanda à ce jeune impétueux son identité. Avec fierté, celui-ci lui répondit : « Etudiant en médecine ». Et le père des vaccins de se présenter : « Louis Pasteur ». Confus, notre jeune étudiant en médecine ne trouva d’autre issue que de changer de wagon. Mais il était converti.
Il ne s’agit pas de ne plus travailler et de n’attendre que l’inspiration divine. La foi aveugle en l’inspiration favorise, plus que toute chose, la paresse. On remet sans cesse son travail, attendant l’état de grâce ou d’illumination. On ne croit jamais être dans les dispositions. Le temps passe et on ne fait rien. Travaille et confie tes études à Dieu. Elabore un projet de vie et confie-le à Dieu. Que cette prière de Saint Thomas d’Aquin t’aide à offrir tes études comme ta vie, à Dieu :
« Ingressus instruas / Progressus custodias / Egressum impleas »
(Veille sur les préparations, / Surveille les progrès / Accomplis les fruits.)
Cher ami, élève ou étudiant, au terme de cet entretien avec toi, je t’imagine anxieux et soucieux. Tu te demandes si tu seras capable de tant dispositions pour que tes études comme ta vie deviennent une réussite. Tu as alors peur. Je ne puis te laisser dans ce trouble. Aussi voudrais-je te confier cette lettre de l’académicien français Jean Guitton à un jeune de ce temps, lettre par laquelle il achevait son livre, Le travail intellectuel.
Tu doutes de toi. Tu as tort. Tu pourras ce que tu veux, si tu le veux avec art et longuement. (…)
La perfection n’est pas loin de toi. Que de temps l’on peut perdre à chercher le meilleur livre, la meilleure méthode, le meilleur ami ! A un élève qui lui demandait quel était ce meilleur manuel, un vieux maître répondait : « Mon ami, c’est celui que vous avez. » Et l’on pourrait ajouter que le meilleur moment, c’est celui-ci ; le meilleur entourage, celui qui est là ; la meilleure pensée, celle qui te visite.
Ne cherche donc pas le meilleur. Mais communique à ce que tu as dans les mains, à ce que tu fais présentement, par l’application de ton esprit, cette dignité d’être le meilleur.
Ne remets pas à demain ce que tu peux faire en ce moment-ci ; mais dans le même temps, ne cesse de renvoyer à demain cet innombrable qui ne peut rentrer dans la capacité si étroite du présent.
(J. Guitton, Le travail intellectuel, Aubier, Paris 1986, p 181-182)
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